Sénégal: CAF - La réforme ou le naufrage (Par Cheikh Gora Diop)

30 Mars 2026

À force de crises mal contenues et de décisions controversées, la Confédération africaine de football se retrouve aujourd'hui face à une urgence existentielle : restaurer sa crédibilité.

Le communiqué publié à l'issue de la dernière réunion de son Comité exécutif dimanche au Caire, annonçant « des réformes de ses statuts et règlements », sonne comme une tentative de reprise en main. L'objectif affiché est de rétablir la confiance envers l'arbitrage, la Var et les instances juridictionnelles. Mais derrière les mots, c'est bien une institution fragilisée au bord du précipice, qui tente de se redresser. Car la crise actuelle ne date pas d'hier. Elle est là depuis plusieurs années et s'est surtout cristallisée avec la décision inqualifiable du Jury d'Appel de la Caf de déclarer le Maroc vainqueur de la Can 2025 sur tapis vert face au Sénégal.

Un braquage qui a profondément choqué l'opinion sportive internationale et entamé, un peu plus, le crédit d'une organisation déjà minée par des soupçons récurrents de gouvernance opaque. Dans ce contexte, l'image des Lions du Sénégal, paradant avec leur trophée devant 80 000 spectateurs samedi au Stade de France, a pris une dimension symbolique forte. Plus qu'une célébration, elle est apparue comme une forme de contestation populaire, une manière de réaffirmer une vérité sportive face à une décision administrative entachée de vices de procédure.

Comme l'affirmait Thomas Jefferson, troisième président des États-Unis, principal rédacteur de la Déclaration d'indépendance des États-Unis, « quand l'injustice devient loi, la résistance devient un devoir. » La contre-offensive des avocats de la Fsf auprès du Tribunal arbitral du sport (Tas) transcende une simple querelle juridique : c'est avant tout un combat pour l'intégrité du football africain.

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Cette victoire 2-0 face au Pérou, samedi en match amical, illustre parfaitement ce message : « Vous pouvez nous retirer une deuxième étoile sur le papier, mais jamais effacer notre victoire sur le terrain. » Face à cette défiance grandissante, le président de la Caf, Patrice Motsepe, promet des réformes structurelles, s'appuyant sur des experts en droit du sport et un alignement sur les standards internationaux, en collaboration avec la Fifa.

Mais, pour beaucoup, ces annonces interviennent tardivement, dans un climat déjà fortement dégradé. La réaction des autorités sénégalaises, réclamant l'ouverture d'une enquête internationale pour corruption contre l'institution, a sans doute accéléré cette prise de conscience. L'annonce d'une visite prochaine de Motsepe à Dakar n'est pas anodine.

Elle traduit une volonté d'apaisement, voire de désamorçage d'une crise diplomatique et sportive qui dépasse désormais le seul cadre du football. Dans le même temps, la Caf tente de projeter une image de continuité en poursuivant ses compétitions et en accompagnant les sélections africaines vers la Coupe du monde 2026. Mais, en interne, les turbulences persistent. Le départ du tout-puissant secrétaire général Véron Mosengo-Omba, figure controversée du système depuis trois décennies, et les luttes d'influence autour de postes stratégiques illustrent les tensions qui traversent l'institution.

À cela s'ajoute une perception persistante d'ingérence, notamment de la part de Zurich, où siège la Fifa dirigée par Gianni Infantino. L'idée d'une Caf sous tutelle, même informelle, alimente les critiques sur la perte d'indépendance de l'instance continentale.

Dans ce climat délétère, les réformes annoncées apparaissent nécessaires, mais insuffisantes si elles ne s'accompagnent pas d'une véritable rupture avec les pratiques du passé. Transparence, indépendance des organes juridictionnels, professionnalisation de l'arbitrage : autant de chantiers incontournables pour espérer rétablir la confiance. La Caf joue désormais gros. Plus qu'une réforme des textes, c'est une refondation morale qui est attendue.

Faute de quoi, les décisions continueront d'être contestées, et le fossé entre l'institution et les acteurs du football africain ne cessera de se creuser. L'histoire retiendra que le Sénégal a défendu non seulement son titre fièrement conquis sur le terrain, mais les principes du sport : l'équité, la transparence et la reconnaissance du mérite. Voilà le vrai symbolisme de cette victoire.

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