Le président de l'Interprofession cajou du Sénégal (Icas), Bouba Konta, ne se lasse pas. Face à l'urgence climatique et économique, il a appelé, mardi 24 mars, à Kolda, à une révolution industrielle nationale de l'anacarde. Son credo ? Transformer localement pour créer les emplois de demain et assurer la souveraineté économique du pays.
L'air est lourd d'ambition, mais le constat, lui, est sans appel. Derrière le pupitre, Bouba Konta ne mâche pas ses mots. Le président de l'Interprofession cajou du Sénégal (Icas) sait que le temps de la diplomatie de salon est révolu. Devant un parterre de partenaires et d'acteurs de la filière réuni le 24 mars, à Kolda, l'homme a troqué les formules de politesse pour un plaidoyer aux accents de combat économique.
« Nous ne sommes pas là pour poser des diagnostics, mais pour agir », lance-t-il, le regard fixé sur une assemblée consciente du paradoxe sénégalais : une terre qui produit de l'or brun, mais qui regarde la valeur ajoutée s'évaporer vers d'autres continents. Pour M. Konta, le diagnostic est une plaie ouverte. Tant que le Sénégal se contentera d'expédier ses noix brutes, il restera prisonnier d'un schéma archaïque. « Nous importons de la valeur ajoutée alors que nous exportons nos richesses », martèle-t-il.
Pour l'Icas, l'enjeu dépasse la simple agriculture ; c'est une question de dignité industrielle. Il s'agit, pour cette filière, de sortir de la « malédiction de l'export brut ». Ainsi, son président appelle à une révolution en trois actes. Il s'agit d'une unité de combat avec une interprofession massive, inclusive, où chaque acteur, du petit producteur au grand industriel, fait bloc.
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Un appel à l'État et au privé
En outre, il faudra, selon Bouba Konta, ne plus laisser une seule noix quitter le port de Ziguinchor ou de Dakar sans avoir été traitée localement.
« Transformer, c'est créer de l'emploi pour nos jeunes, c'est bâtir une économie qui résiste », assène-t-il. Toutefois, indique-t-il, sans financement massif et adapté, les ambitions resteront des voeux pieux. M. Konta appelle ainsi à briser le plafond de verre bancaire pour libérer le potentiel des investisseurs.
Pour le patron de l'Icas, l'heure n'est plus aux structures administratives, mais à l'efficacité chirurgicale. « La filière cajou ne décollera ni par hasard ni par de grands discours. Elle décollera par des décisions courageuses », prévient-il, s'adressant directement à l'État pour un cadre incitatif plus stable. En ligne de mire, le développement des régions du sud du pays. La noix de cajou n'est pas qu'une marchandise, c'est le moteur d'une croissance souveraine qui pourrait transformer le visage de la Casamance et au-delà.
« L'heure est venue de bâtir une transformation locale durable, créatrice d'emplois non seulement pérennes, mais surtout dignes. Nous ne pouvons pas exiger de la création d'emplois au Sénégal pendant que nos rares unités de transformation ferment leurs portes, faute d'accompagnement », renchérit Bouba Konta. Aujourd'hui, chiffre-t-il, moins de 5 % de l'anacarde sénégalais sont transformés sur place. « La quasi-totalité de notre richesse s'envole vers l'étranger, emportant avec elle la valeur ajoutée et les emplois qui devraient revenir à nos jeunes.
En 1998, le Sénégal et la Côte d'Ivoire produisaient, ensemble, environ 20 000 tonnes. Aujourd'hui, la Côte d'Ivoire frôle les 1,5 million de tonnes, tandis que le Sénégal peine à certifier ses 70 000 tonnes. Ce déficit de statistiques claires est un frein majeur », regrette le président de l'Icas. Et pour inverser la tendance, l'Interprofession lance un appel solennel à l'État, aux partenaires techniques et financiers : « Unifions nos forces ! Grâce à des leviers comme l'Agropole sud, le Weecap, nous pouvons multiplier les bonnes pratiques agricoles et sécuriser l'accès au financement.
Nous n'avons plus besoin d'une simple filière d'exportation. Nous exigeons une filière résiliente, où chaque noix de cajou produite sur notre terre nourrit l'économie de notre peuple ». En quittant la tribune, Bouba Konta laisse une question suspendue dans l'air, tel un défi lancé à la Nation tout entière : « L'Icas est prête. Et vous, êtes-vous prêts à passer à l'action ? » Le message est passé. Désormais, chaque noix compte.