La révolution silencieuse de l'anacarde s'opère au Sud. Entre les vergers d'anacardiers et les futurs parcs industriels, Babou Dramé, coordonnateur des Agropoles, dessine les contours d'un Sénégal où l'agriculture ne se contente plus de nourrir, mais bâtit une nation.
KOLDA - L'air est chargé de promesses à Kolda. Jusqu'ici, la noix de cajou, ce précieux « or gris », quittait les ports locaux dans le ventre des navires, brute, emportant avec elle la richesse et les emplois du pays. Cette époque touche à sa fin. « L'Agropole est le bras armé d'une ambition nationale : transformer notre terre en un moteur industriel », martèle Babou Dramé. Pour le coordonnateur régional du projet Agropole Centre, le constat est sans appel : pour gagner la bataille du développement, il faut transformer sur place.
L'Agropole Sud ne se contente pas de mots ; elle déploie une véritable armada. Déjà, 642 hectares d'anacardiers ont été élagués pour retrouver leur vigueur, et plus de 542 000 nouveaux plants ont pris racine.
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Mais la productivité n'est que la première étape. L'enjeu vital se trouve dans les hangars. « Nous installons une puissance industrielle capable de répondre aux besoins du pays », explique le coordonnateur. Fini la dépendance aux produits transformés importés. L'objectif ? Que le « Made in Sénégal » s'impose, de la récolte à l'exportation. Sur le terrain, la synergie est le maître mot. Avec l'appui de l'Ita et du Bureau de mise à niveau, l'Agropole soutient une nouvelle génération de petites industries. Des jeunes et des femmes, autrefois spectateurs de l'économie, en deviennent aujourd'hui les piliers.
L'infrastructure suit le mouvement. Neuf parcs agro-industriels sont en train de sortir de terre. Avec la livraison prochaine du site d'Adéane, c'est tout le paysage économique qui bascule. « Nous créons les réceptacles de la valeur ajoutée », s'enthousiasme Babou Dramé. L'idée est simple mais radicale : arrêter la déperdition de richesse pour la fixer au coeur des terroirs. Derrière les chiffres techniques se cache une réalité sociale monumentale.
Le projet initial visait 129 500 emplois, directs et indirects. Aujourd'hui, ce chiffre n'est plus un mirage statistique, mais un horizon concret. « Si nous installons cette industrialisation forte, si nous captons ces niches de valeur, nous mobiliserons la jeunesse et les femmes comme jamais auparavant », assure le coordonnateur régional du projet Agropole Centre au Sénégal.
« L'or gris » au coeur des ambitions
Des mangues à l'acajou, c'est tout le potentiel de la zone Sud qui s'apprête à porter l'économie sénégalaise. En Casamance, l'agriculture change de visage. Elle n'est plus seulement une tradition, elle devient une conquête. Une conquête industrielle, sociale et humaine, selon M. Dramé.
Sous le soleil de plomb de Kolda, l'effervescence n'est pas celle des jours ordinaires. Dans une salle comble où se mêlent experts internationaux, producteurs locaux et visages burinés par les récoltes, l'avenir de l'anacarde sénégalaise se joue. Ici, l'interprofession (Icas) et ses partenaires ont lancé un marathon de trois jours pour transformer la filière cajou en véritable locomotive économique du Sud. « Nous ne sommes pas là pour de simples discussions, mais pour dessiner une mutation », lance d'emblée Bonaventure Kalamo, adjoint au gouverneur de Kolda. L'autorité administrative souligne la volonté de l'État sénégalais de passer à la vitesse supérieure.
« L'anacarde fait vivre des milliers de familles en zone Sud. C'est le poumon vert de notre économie », rappelle M. Kalamo. Mais le constat est lucide : face à la force de frappe de la Côte d'Ivoire, du Ghana ou de la Guinée-Bissau, le Sénégal doit muscler son jeu. Ainsi, le mot d'ordre de cet atelier ? Modernisation. Dans les rangs, on parle compétitivité, amélioration des rendements et, surtout, transformation locale. « L'avenir n'est plus à l'exportation du produit brut, mais à la création de valeur ici, chez nous, en produits finis ou semi-finis », insiste l'adjoint au gouverneur.
Pendant 72 heures, professionnels, société civile et techniciens ont planché sur les leviers de ce développement territorial. L'objectif est clair : faire de l'anacarde un véritable moteur industriel capable de stabiliser les revenus et de créer des emplois durables en Casamance. À Kolda, le mouvement est lancé. La noix de cajou ne veut plus seulement être une culture de rente ; elle veut devenir le symbole d'un Sénégal méridional conquérant.