Ile Maurice: Paul Bérenger sur un terrain glissant

En voulant dénoncer une «injustice» faite à un proche du Mouvement militant mauricien (MMM), Paul Bérenger a rouvert un dossier administratif dense, technique et lourd de manquements - au risque de fragiliser son argumentaire. Pour ses adversaires politiques, Bérenger, dans son rôle d'opposant neuf, s'est carrément tiré une balle dans le pied dans un dossier aussi sensible que les terrains de chasse - et ceux qui en tirent profit en contournant la loi et en jouant sur leur proximité politique.

Le 25 mars, à son domicile de Riverwalk, le leader mauve revient longuement sur les raisons de sa démission. Parmi elles, une affaire de «chassé» - un terrain de chasse - qu'il érige en illustration d'un traitement jugé inéquitable envers des militants ou sympathisants.

«Enn dimounn ki mem pa dan MMM me ki pros du MMM... Bann MSM inn tir sa ar li... Nou pou fer neseser», insiste-t-il, affirmant avoir évoqué ce cas «10 fois» avec Navin Ramgoolam, qui lui aurait assuré qu'une solution serait trouvée.

Mais derrière cette narration politique, les faits administratifs racontent une autre histoire. Au ministère concerné, on parle d'un bail arrivé à échéance, non renouvelé pour manquements divers !

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Le dossier concerne la société Chassée de la Rivière du Poste Ltd (CDLRDPL), titulaire d'un bail de chasse et de pêche/écotourisme sur 78,98 hectares de terres de l'État à Salazie et Beau-Vallon entre le 8 septembre 2014 et le 7 septembre 2021.

À l'expiration du bail, en septembre 2021, aucune reconduction automatique n'est accordée. Et le 27 mars 2024, le ministère tranche : aucun nouveau bail ne sera octroyé.

Motif : une accumulation de manquements jugés graves. Empiètement sur des terres de l'État, transfert du bail en violation de ses clauses, refus de se conformer aux directives du service forestier, menaces et insultes envers des agents publics, antécédents policiers défavorables des dirigeants (enquête en cours) et paiements tardifs des loyers.

Autant d'éléments qui, mis bout à bout, rendent le dossier difficilement défendable sur le plan administratif. Comment Bérenger, homme de dossiers, s'est-il laissé berner comme un débutant ?

Un empiètement de 4,07 hectares

Dès le 16 décembre 2022, la société est informée qu'elle a empiété sur 4,07 hectares supplémentaires de terres de l'État. Condition posée par l'administration : remettre les clôtures dans leur alignement initial avant toute nouvelle demande. Cette régularisation n'interviendra jamais.

Dans le même temps, un changement d'actionnariat intervient durant la durée du bail. Alaoudin Bhugeloo et son fils prennent le contrôle de la société. Pour les autorités, il s'agit d'un transfert déguisé du bail, sans approbation ministérielle, en violation directe de la clause 1 - un schéma rappelant l'affaire Eco Deer Park Association.

Au-delà des aspects techniques, le dossier se charge d'un climat conflictuel. À plusieurs reprises, selon des sources officielles, l'ancien locataire refuse d'obtempérer aux instructions du service forestier.

Plus grave : des incidents impliquant des agents publics sont consignés. Insultes, menaces, accusations jugées infondées contre des officiers forestiers et un géomètre - ces derniers déposeront des mesures de précaution auprès de la police (OB 5434/2023, 439/2024, 540/2024).

Une plainte visant le conservateur des forêts pour sollicitation de contrepartie financière sera également déposée par Alaoudin Bhugeloo. Elle sera rejetée, faute d'éléments probants.

En septembre 2025, une tentative d'apaisement est engagée. Le ministre Arvin Boolell réunit autour de la table le conservateur des forêts pour trouver une solution équitable.

Proposition : envisager un nouveau bail, mais sur une autre parcelle de terres de l'État. Les terres initiales de Salazie et de BeauVallon ne sont plus disponibles - une position confirmée par le State Law Office.

Bhugeloo, fort de ses appuis politiques, notamment auprès du leader mauve, accepte alors le principe et s'engage à déposer une nouvelle demande lorsque des terres seront disponibles. Mais depuis, aucune démarche formelle n'a été enregistrée. Au contraire, selon les autorités, l'intéressé réclamerait désormais l'éviction du locataire actuel pour récupérer les terres initiales - en contradiction avec les termes de l'accord trouvé.

Un autre point fragilise la thèse d'une «injustice» : l'éligibilité même du demandeur.

Selon un officier du ministère, l'octroi d'un bail de chasse est strictement encadré. Il requiert un certificat de moralité, ainsi que la détention d'un permis d'arme et d'une licence de chasse. «Il n'est pas qualifié. Il a un certificat négatif de la police et ne détient ni firearm ni game licence», affirme cette source, ajoutant qu'il ne pourrait, en l'état, obtenir une autorisation pour l'acquisition d'une arme à feu.

L'affaire a connu un prolongement politique le 23 mars, lors d'un bureau politique du MMM à la rue Ambrose, à Rose Hill.

Le militant Bhugeloo y interpelle bruyamment plusieurs figures du parti, lançant «Judas» à la cantonade, visant notamment Rajesh Bhagwan et Tony Apollon. Interrogé, Tony Apollon choisit de minimiser l'incident. «Il traitait tout le monde de Judas. Il a le droit de donner son opinion», déclare-t-il, précisant ne pas connaître personnellement l'individu.

Bhugeloo, lui, reste silencieux. Le samedi 28 mars, au Plaza, en marge du rassemblement de soutien à Paul Bérenger, il se fait tout petit et esquive nos questions, se contentant d'un geste - un doigt posé sur la bouche. Selon un proche de Bérenger, après ses insultes à la rue Ambrose, on lui aurait demandé de rester tranquille et de ne pas embarrasser davantage le leader du MMM. Le chassé devient, pour le leader mauve, un terrain résolument glissant, avoue un proche de Bérenger, presque en murmurant... L'Hôtel du gouvernement suit de près.

 Père et fils ont eu maille à partir avec la justice ; ce qui les disqualifierait, selon nos sources, pour le bail évoqué par Paul Bérenger face à la presse. Au sein des Mauves, divisés, l'on dit que «le leader doit rester loin des chassés».

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