Sénégal: A Toubab Dialaw, plongée dans les rituels de la 'technique Acogny'

Dakar — Sous le grand chapiteau dressé sur les hauteurs de l'Ecole des Sables de Toubab Dialaw, une installation surplombant le nouveau port de Ndayane en construction, face à l'océan Atlantique, des danseurs, de l'ordre d'une trentaine, cherchent une dernière inspiration, à une cinquantaine de kilomètres du tumulte de Dakar, la capitale sénégalaise.

Ils viennent de boucler, trois mois de formation intensive de la "technique Acogny", reflet de la nature, lors d'une ultime séance dirigée par la chorégraphe et danseuse, Germaine Acogny. Réunis dans ce cadre naturel emblématique, les stagiaires, originaires d'Afrique du Sud, du Brésil, du Burkina Faso, du Cameroun, du Congo-Brazzaville, de la Corée du Sud, des Etats-Unis, de la France, du Ghana, du Mozambique et du Portugal, savourent un ultime moment de transmission partagé, marquant la fin de douze semaines d'apprentissage sous le regard d'une équipe de l'APS ayant fait le déplacement samedi.

La journée débute toujours par des gestes empreints de convivialité et de spiritualité. Entre accolades chaleureuses et salutations, les danseurs déambulent ensuite pieds nus sur le sable et les rochers chauffés par le soleil, dans une quête d'ancrage et de connexion avec la nature, avant de former un cercle pour répéter, sous le regard attentif de leur maîtresse, les fondamentaux de la technique Acogny.

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"C'est la fin de la première année de la transmission de la technique Acogny. Une technique que je transmets aux jeunes pour qu'ils puissent, à leur tour, l'enseigner plus tard", a expliqué Mme Acogny, sous le regard attentif de son époux et cofondateur, l'Allemand Helmut Vogt. Elle insiste sur la dimension à la fois artistique et philosophique de cette approche chorégraphique transmise.

"Pour moi, ce n'est pas seulement une technique, c'est une philosophie. Le corps est le reflet de la nature, à l'image du nénuphar ou de l'escargot", a-t-elle ajouté, évoquant une danse profondément enracinée dans les éléments naturels et les symboles africains. La session, qui a réuni 29 stagiaires sélectionnés pour leur parcours et leur engagement, s'inscrit dans un programme de transmission visant à former de de futurs ambassadeurs de cette méthode à travers le monde.

Mohamed Abdoulaye Kane, professeur de danse à l'Ecoles des Sables, souligne l'importance de cette formation axée autant sur la technique que sur les valeurs humaines. "On ne transmet pas seulement des mouvements, mais une philosophie de vie basée sur le vivre-ensemble, la tolérance et le respect de l'autre. Ici, l'autre devient ton miroir", a-t-il déclaré, rappelant que cet enseignement privilégie la relation humaine et la connexion entre les danseurs.

Selon lui, cette immersion de douze semaines repose sur une vie communautaire intense, rythmée par des séances quotidiennes de danse, des repas partagés et un apprentissage continu du collectif enrichi par la diversité culturelle du groupe. Venue du Burundi, la stagiaire Florette Gateka témoigne de la transformation personnelle induite par cette expérience. "Cette technique m'a fait me sentir vivante. Elle change la vision de la vie, la manière de comprendre et de se tenir dans le monde", a-t-elle confié, saluant une école où on "apprend à vivre, à créer et à prendre sa place dans la société".

Même sentiment chez Latif Arfang Wahad Diédhiou, danseur originaire de Ziguinchor, pour qui cette formation constitue "une pépite". "La technique m'a permis de comprendre mon corps, de me connecter à la nature et d'assumer mon identité. C'est un héritage que je veux préserver et transmettre", assure-t-il, se projetant déjà comme futur "garant" de cette discipline au Sénégal.

La séance s'est achevée par un rituel hautement symbolique où chaque stagiaire dépose, au milieu du cercle formé, une poignée de la terre de son pays apportée ayant voyagé avec lui. Une cérémonie fusionnelle scellant l'unité du groupe au-delà des frontières, dans un esprit de partage et de fraternité.

A travers cette formation, l'Ecole des Sables confirme son rôle de creuset international de la danse contemporaine africaine, où technique, spiritualité et vivre-ensemble s'entrelacent pour façonner une nouvelle génération d'artistes engagés.

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