Afrique de l'Ouest: CEDEAO : La reprise en main ?

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31 Mars 2026
analyse

La profondeur et l’extension de la menace sécuritaire en Afrique de l’Ouest sont à n’en pas douter l’élément déclencheur du regain d’activité constaté principalement au niveau de la CEDEAO, mais aussi de ses membres.

C’est certainement la lecture qu’on peut faire de la réunion, tenue ce 19 mars 2026 à Cotonou, entre les chefs d’état-major des armées du Bénin, de la Côte d’Ivoire et de la France.

L’ordre du jour de ce sommet tripartite renseigne en effet sur l’urgence du renforcement des capacités des troupes, mais aussi la coordination du renseignement, face à la menace djihadiste, qui continue de progresser en raison principalement de la fragmentation des stratégies sécuritaires, une des causes de la vulnérabilité des États En atteste la recrudescence des attaques terroristes après une première période d’accalmie sur les territoires du Mali, du Niger et du Burkina Faso, qui constituaient initialement l’épicentre de la crise.

Aujourd’hui la crise s’est déplacée vers la zone du Golfe de Guinée, notamment vers les pays frontaliers de l’AES, à savoir : le Bénin et la Côte d’Ivoire, et potentiellement vers le Togo et le Sénégal.

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Cette réunion des chefs d’état-major, qui intervient trois mois après la visite, presque passée inaperçue, du ministre ivoirien de l’intégration africaine à Ouagadougou, pour relancer le dialogue entre les deux pays, traduit sans aucun doute un changement de paradigme, mais aussi de doctrine par rapport à la lancinante question sécuritaire, dès lors qu’une initiative diplomatique similaire est annoncée au début du mois d’avril, à Bamako où M. Adama Dosso est attendu.

Comme pour saisir la balle au rebond, après des médiations avortées, la CEDEAO a nommé ce 25 mars 2026, l’ancien 1er ministre guinéen Lassana Kouyaté, par ailleurs ancien secrétaire exécutif de la CEDEAO, comme médiateur, chargé de renouer le dialogue avec les pays de l’AES. Cet acte posé est un signal fort de la volonté de la CEDEAO de reprendre en main les grands défis de la sous-région.

Le timing choisi est à tous points de vue plein de sens. Les pays de la sous-région ayant été confrontés à la réalité périlleuse de la fragmentation de leur approche sécuritaire, dans une crise asymétrique, qui, le moins qu’on puisse dire, est en constante mutation, tant du point de vue des moyens utilisés, de plus en plus sophistiqués côté djihadistes, que des méthodes de combat et de défense, qui rendent inefficaces à ce jour les moyens épars utilisés ici et là, malgré ce qu’on dit.

L’entrée en jeu de Lassana Kouyaté qui, quoiqu’on dise, connait les arcanes de la CEDEAO, pourrait à minima contribuer à asseoir un dialogue avec l’AES, ne serait-ce que sur les questions sécuritaires et la vulnérabilité des frontières.

L’un dans l’autre, on peut parfaitement considérer qu’avec le dégel en cours entre la Côte d’Ivoire et ses proches voisins de l’AES (Bénin, Mali), combiné avec la désignation par la CEDEAO d’un négociateur, se traduit une prise de conscience collective que la gestion de la crise sécuritaire nécessite non seulement des forces armées (il faut noter que celles de l’AES sont supérieures en nombre à celles mobilisées par la CEDEAO), mais aussi et surtout une coordination du renseignement et du matériel de haute technologie pour un territoire immense dont la surveillance ne peut plus se faire avec les méthodes classiques.

Espérons que cette dynamique aboutisse au moins à un accord sur la gestion collective, voire mutualisée, de la question sécuritaire. Trop de temps ne s’est-il pas écoulé ? Mieux vaut tard que jamais, dit l’adage, car aucun pays seul ne peut aujourd’hui faire face à ces djihadistes de plus en plus organisés et armés avec des outils et des instruments de navigation de pointe qui leur permettent d’arriver dans le golfe de Guinée, au Bénin et pire à l’aéroport de Niamey en pleine capitale nigérienne.

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