Au Cameroun la session parlementaire du mois de mars se poursuit ce 31 mars. Les députés votent ce mardi le projet de loi permettant la prorogation du mandat des conseillers municipaux. Hier, en commission, l'article 170 du code électoral a été modifié en commission par 16 voix contre 2 : il donne désormais au chef de l'État la possibilité de proroger de manière illimitée le mandat des conseillers municipaux. Le texte sera présenté en plénière ce mardi.
Ce mardi après-midi, dans l'hémicycle, « le texte passera comme une lettre à la poste », lance déçu le député de l'opposition Adamou Koupit. Avec Cabral Libih, du PCRN, ils sont les seuls à avoir voté contre en commission.
Interrogé par notre correspondant à Yaoundé, Richard Onanena, le député UDC dénonce une manipulation du code électoral. « Ce qui se passe au Cameroun actuellement est un véritable recul de la démocratie. Le chef de l'État avait le droit de prolonger le mandat des conseillers municipaux jusqu'à la limite de dix-huit mois. Aujourd'hui on vient de llui donner un chèque en blanc pour qu'il proroge ce mandat jusqu'à l'infini ! ».
Mais pour la députée UNDP, Douvaouissa Aissa, issue de la majorité présidentielle, ce projet de loi aurait pu comporter davantage d'éléments que la seule prorogation. « Nous avons beaucoup de points qui auraient pu être discutés, et nous avons (des) crises post-électorales qui, du fait de notre code qui ne sied pas à toutes les parties prenantes, pose problème. »
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Jean-Baptiste Atemengue, maire de la commune de Ngoumou fait partie des premiers concernés par ce projet de loi. Le maire RDPC estime qu'après les députés, la prorogation du mandat des conseillers municipaux est une suite logique. « Il est très économique d'organiser les deux scrutins en même temps, c'est la coutume au Cameroun. Et ensuite, pour les partis politiques, c'est facile de gérer les investitures simultanément pour les deux élections ».
Pour le cas spécifique des élections municipales, c'est un décret du chef de l'État qui viendra acter la prorogation du mandat des conseillers municipaux.
Une « confiscation » du calendrier électoral ?
La prorogation des mandats des députés et élus municipaux était devenue une tradition depuis 2002 au Cameroun, c'est vrai, reconnaît le Dr Hilaire Kamga, expert en questions électorales, mais pour le secrétaire permanent de la Plateforme de la société civile pour la démocratie au Cameroun, une étape inquiétante est en passe d'être franchie. Il l'explique au micro d'Amélie Tulet de la rédaction Afrique.
On est monté d'un cran ! On va remodifier le cadre pour permettre une prorogation perpétuelle des élections, ce qui n'était pas le cas avant... La perspective de la modification de l'article 170 permet aujourd'hui au président de la République de proroger comme il l'entend et donc de confisquer de manière définitive le calendrier électoral. Parce que les modifications antérieures pouvaient être faites, mais les acteurs électoraux savaient quelles étaient les dates limites. Donc du coup, ça permettait aux partis politiques de se préparer. On ne peut pas dire qu'on est en démocratie et avoir seul un un camp qui contrôle seul le calendrier électoral, ça n'est pas sain. Au regard de tout ce qu'on a pu connaître aux sorties des élections de 2025, on ne peut pas chercher les mesures d'apaisement dans une dynamique de confiscation du calendrier électoral, c'est pas possible.
Hilaire Kamga, secrétaire permanent de la plateforme de la société civile pour la démocratie au Cameroun, s'insurge contre cette prorogation des mandats
