Cameroun: ici repose ekambi brillant, 4 ans plus tard

Il y a des silences qui font plus de bruit que les plus grandes orchestrations. Aujourd'hui, à Dibombari, le silence qui entoure la tombe d'Ekambi Brillant est assourdissant. Il raconte l'histoire d'une idole que l'on a portée en triomphe hier, et que l'on abandonne à la morsure de l'oubli aujourd'hui.

Une solitude à fendre l'âme

Sur la photo qui circule comme un cri de détresse, on découvre une scène que l'on n'ose croire réelle. Une simple croix blanche, fragile, se dresse comme un dernier rempart contre l'invasion de la brousse. La dalle de béton, grise et nue, semble grelotter sous la pluie, dépouillée de toute la splendeur qui entourait jadis le "Mota Muenya".

Lui qui aimait tant la lumière, le voici désormais plongé dans l'ombre des herbes folles. Les notes de musique dessinées sur sa croix semblent muettes, figées dans une tristesse infinie, comme si elles attendaient en vain que quelqu'un vienne enfin chanter pour celui qui nous a tout donné.

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L'ingratitude d'un peuple ?

Comment en sommes-nous arrivés là ? Comment le génie qui a fait vibrer les cœurs de Douala à Paris, de Yaoundé à New York, peut-il reposer dans un tel dénuement ? On cherche désespérément la trace d'une fleur fraîche, le signe d'un passage, l'ombre d'une reconnaissance. Rien. Seule la nature sauvage semble vouloir encore enlacer le maître, faute de bras humains pour le chérir.

« On reconnaît la grandeur d'une nation à la manière dont elle traite ses illustres disparus. » À voir l'état de cette sépulture, le constat est amer : notre mémoire s'efface en même temps que la peinture sur ce bois fatigué. C'est une partie de notre patrimoine qui s'écaille, une partie de notre fierté qui s'asphyxie sous les ronces.

Cet article n'est pas seulement un constat, c'est une supplique. Pour que les larmes versées lors de son enterrement ne soient pas de simples artifices de cérémonie. Pour que le nom d'Ekambi Brillant ne soit pas seulement un souvenir que l'on invoque sur les plateaux télé, mais une flamme que l'on entretient physiquement, là où il repose.

Ne laissons pas la brousse refermer ses mâchoires sur l'homme qui a fait briller notre culture. Car chaque jour de négligence supplémentaire est une insulte au rythme, à la musique et à l'âme du Cameroun.

Reposez en paix, Maître… si toutefois la solitude le permet.

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