Présentée pour la première fois à Madagascar samedi à l'IFM Analakely, l'oeuvre primée « Enfant » a captivé un public nombreux lors d'une lecture scénique et musicale portée par la Compagnie Miangaly.
Salle comble, silence intense et émotion partagée : la première présentation de « Enfant » de Gad Bensalem à Madagascar a marqué les esprits. Accueillie samedi à l'Institut français de Madagascar (IFM) Analakely dans le cadre du Mois du théâtre, cette lecture scénique et musicale a rassemblé un public particulièrement nombreux et diversifié, mêlant jeunes, moins jeunes, locaux et étrangers.
Il s'agissait d'un moment inédit pour le public malgache. Cette lecture constitue en effet la cinquième présentation de l'oeuvre dans le monde, après quatre premières lectures organisées dans le cadre de festivals en France. Antananarivo devient ainsi la première ville à Madagascar à accueillir ce texte lauréat du Prix Théâtre RFI 2024.
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À travers ce texte, l'auteur propose une quête de vérité au sein d'une famille en déchirure. Le récit suit un jeune Malgache, « zandrigasy », transportant des balles de friperie sur la RN44, en quête de réponses sur ses origines. Mais au moment où la vérité se dévoile, un drame s'amorce. En toile de fond, c'est tout un pays qui se dessine, avec ses blessures et ses défis.
Intensité
Contrairement à une mise en scène classique, « Enfant » a été proposé sous forme de lecture scénique, un spectacle à part entière qui met en valeur l'écoute du public et la voix des interprètes. Ici, la proposition se veut volontairement simple et épurée : une lecture au pupitre amplifié, sans mouvement, laissant apparaître les personnages dans une forme presque à nu. Un choix artistique qui renforce l'intensité du texte et exige une attention soutenue.
Durant 1 h 10, le public s'est plongé dans un moment d'écoute rare, porté par les comédiens et comédiennes, majoritairement issus de la Compagnie Miangaly Théâtre. La lecture a été enrichie par une dimension musicale originale, pensée par Gad Bensalem et Fela Razafiarison, mêlant la batterie de Josia Rakotondravohitra et la guitare de Tina Rakotondrasoa. Une cohabitation harmonieuse entre voix et musique, saluée pour sa finesse et sa sensibilité.
« Ce qui m'a marqué, c'est vraiment l'écoute du public, très silencieuse et pertinente, sans moment de trouble », confie Gad Bensalem. « C'était une forme de monologue particulièrement tendue, où l'écoute est essentielle. Et ici, elle était excellente. »
Poète, slameur et metteur en scène, Gad Bensalem affirme une écriture profondément ancrée dans les réalités contemporaines malgaches. « Je voulais écrire sur ces petites vies que l'on raconte rarement au théâtre, faire de l'ordinaire une histoire extraordinaire », explique-t-il.
Au-delà de la performance, la rencontre avec le public a prolongé l'expérience dans un moment d'échange et de partage, nourri par la curiosité et l'émotion. Une première réussie qui ouvre la voie à un projet plus large : une future création scénique entre Madagascar, La Réunion et la France, réunissant des comédiens malgaches et des ressources musicales réunionnaises, en vue d'une version pleinement mise en scène.