Sénégal: Mbour - Crise dans l'éducation - Le CUSEMS dénonce les ponctions salariales et annonce une possible riposte

Réuni à Mbour en Conseil syndical national, le Cadre unitaire de concertation des enseignants du moyen-secondaire (CUSEMS) a tiré hier la sonnette d'alarme sur la dégradation du climat social dans le secteur éducatif. Les responsables syndicaux dénoncent l'incohérence du gouvernement qui, tout en affichant une volonté d'apaisement, procède à de nouvelles retenues sur les salaires des enseignants. Une reprise des actions n'est pas exclue.

S'exprimant à l'issue des travaux tenus à Mbour, le secrétaire général national du CUSEMS, Aliou Diouf, a rappelé que le Conseil syndical national constitue l'instance suprême de décision entre deux congrès. Cette rencontre statutaire intervient dans « un contexte particulier marqué par une crise profonde dans le secteur de l'éducation ».

Au coeur des débats : deux décrets récemment signés concernant les enseignants décisionnaires. Si ces textes ont été salués comme une avancée, leur périmètre d'application et leur mise en oeuvre effective restent sources d'incompréhensions au sein de la base.

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« Les réflexions vont se poursuivre, notamment sur l'évaluation de notre lutte syndicale et les perspectives à dégager », a indiqué Aliou Diouf, soulignant que les représentants venus de plusieurs départements du pays ont pu échanger sur ces questions.

Le CUSEMS, membre du G7 (regroupement des syndicats d'enseignants les plus représentatifs), a rappelé la retenue observée ces dernières semaines. « Depuis près de trois semaines, aucun nouveau plan d'action n'a été déroulé, preuve de notre volonté d'aller vers l'apaisement », a déclaré le secrétaire général.

Cependant, cette dynamique positive a été brutalement remise en cause par la décision du gouvernement de procéder, pour la deuxième fois consécutive, à des ponctions salariales sur les bulletins de paie des enseignants.

UNE DECISION JUGEE « INCOHERENTE »

Pour les syndicalistes, cette mesure contredit les efforts de dialogue en cours. « Au moment où un projet de protocole d'accord est proposé, on pose des actes qui ravivent les tensions. Cela pose un problème de cohérence », a fustigé Aliou Diouf.

Si la légalité des retenues n'est pas contestée en elle-même, leur opportunité est vivement critiquée. Le CUSEMS estime que ces ponctions risquent de compromettre durablement le climat social dans les établissements scolaires.

Face à cette situation, le G7 prévoit de se réunir prochainement pour définir une nouvelle stratégie commune. « Si une partie rompt le dialogue, l'autre a le droit de réévaluer sa posture », a averti Aliou Diouf, laissant planer la menace d'un durcissement du mouvement. « Si l'État persiste dans cette logique de radicalisation, nous n'aurons d'autre choix que de faire face », a-t-il insisté.

Interrogé sur les conséquences de la crise pour les apprenants, le responsable syndical a tenu à souligner l'engagement quotidien des enseignants. « Nous assurons régulièrement des heures supplémentaires non rémunérées, allant parfois jusqu'à 30 à 40 heures par semaine, bien au-delà du volume horaire réglementaire, simplement pour permettre aux élèves d'avoir de bons résultats », a-t-il expliqué.

Le CUSEMS renvoie ainsi la balle dans le camp de l'État : « Garantir le droit à l'éducation relève avant tout du gouvernement. Et cela passe nécessairement par un climat social apaisé. »

Alors que des négociations semblaient ouvrir une voie vers un accord, les récents développements risquent de durcir les positions de part et d'autre. Entre volonté d'apaisement affichée par les syndicats et décisions contestées du gouvernement, le secteur éducatif reste sous tension.

La suite dépendra de la capacité des acteurs à rétablir rapidement un climat de confiance, condition sine qua non pour préserver l'année scolaire et l'avenir des élèves.

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