À Dubreuil, village au charme préservé et aux habitants chaleureux, la vie s'écoule avec sérénité, rythmée par les traditions et la culture du thé. Ce tableau paisible ne cache cependant pas les zones d'ombre : transports publics irréguliers, infrastructures inachevées et services locaux à améliorer.
Quelles que soient leur culture ou religion, les habitants de Dubreuil sont unanimes à dire que la vie y est calme et marquée par une vraie connexion entre eux. Ce village a connu beaucoup de changements ces dernières années, des améliorations notamment au niveau des infrastructures, saluées par les habitants. Mais tous déplorent des problèmes de transport public pour gagner Curepipe, ville pourtant située à quelque trois kilomètres de là.
Pritima Imrit, présidente de village depuis 2025, est une figure connue des habitants. Toujours à l'écoute de leurs doléances, elle a accepté d'être notre guide pour nous faire découvrir ce village où elle vit depuis 30 ans. Les habitants de Dubreuil sont, précise-t-elle, chaleureux et accueillants et toujours prêts à aider leur prochain. «Tout le monde se connaît. Peu importe nos différences, nous vivons comme une grande famille.»
Pritima Imrit, Jayram Ramjee, Ramraj Jalim et Gunesslal Bahadoor.
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Le village s'est développé autour de son usine de thé, pilier économique qui a façonné la vie des habitants pendant des décennies. Après une période de ralentissement économique et la fermeture de l'usine, Dubreuil a connu une renaissance avec la réouverture de cette même manufacture en 2017, ravivant l'espoir. Bien que marqué par un passé rural, le village s'est modernisé, avec l'ajout d'infrastructures tel le boulodrome, inauguré en 2023, témoignant de l'évolution de la vie sociale.
Pour Bhagwantee, 70 ans, que nous rencontrons à son retour des champs, où elle cueille le thé depuis longtemps, le travail pendant toutes ces années n'a pas été dur. «Aster kinn met kann, nu pe travay dan kann». Elle affiche un enthousiasme communicatif et explique que tous les conseillers du village répondent toujours présent lorsqu'ils sont sollicités pour résoudre leurs problèmes.
Au fil de nos pérégrinations dans ce village, les rencontres réchauffent le coeur : sourires sincères, échanges authentiques et traditions précieusement préservées. Les habitants, attachés à leur terre, partagent volontiers leur quotidien. Ils dressent le portrait d'une communauté soudée, où les valeurs de simplicité et de convivialité restent centrales.
Premlal Baboolal, 65 ans, également laboureur, expliquelui aussi qu'il a été témoin du développement du village. «Lavi inn ameliore boukou opre davan, boukou sanzman, si bizin rakonte, pou pran enn lazourne antier. Je travaille comme laboureur depuis l'âge de 11 ans. Monn fer tou travay. Pour le moment tout est en ordre, le seul problème étant le transport.»
Jayram Ramjee, bientôt 60 ans, planteur et représentant des planteurs et conseiller de village, affirme, de son côté, que les jeunes doivent obtenir un soutien des autorités pour qu'ils puissent se lancer dans la culture du thé. Les petits exploitants agricoles pourraient bénéficier d'équipements pour améliorer leur rendement.
En ce qui concerne l'industrie, il mentionne que malgré la fermeture de l'usine Dubreuil, d'autres comme Corson prennent le relais en achetant la production de quelques planteurs, soulignant un intérêt persistant à maintenir l'activité agricole. Actuellement, il y a 35 planteurs de thé autour de Dubreuil, mais le manque de soutien à long terme et d'opportunités pourraient menacer la pérennité de cette activité.
Ramraj Jalim, chauffeur de taxi et vice-président du village, se dit fier de la transformation et de la modernisation de Dubreuil, qui a su préserver son charme. Mais des problèmes subsistent. Il évoque la demande des chauffeurs de taxi pour un emplacement officiel auprès du bureau de la Sugar Industry Labour Welfare Fund. Après des rencontres avec divers responsables, un consensus a été trouvé sur la pertinence du site mais l'attente d'une réponse du conseil de district persiste, engendrant des frustrations. Treize taxis font principalement des courses locales vers Curepipe.
Le village est également connecté avec la ville-lumière par les autobus d'United Bus Service. Mais selon les habitants, les horaires ne sont pas respectés, ce qui engendre beaucoup de frustrations et de problèmes pour élèves dont les collèges sont à Curepipe, car, à Dubreuil , il n'y a qu'une école primaire. Ramraj Jalim signale que certains enfants peinent à se rendre à l'école, d'où l'importance du service de taxis. «Après les plaintes auprès de la compagnie d'autobus, le service redevient normal mais seulement pour quelques jours. Et la situation redevient problématique», ajoute le chauffeur de taxi.
Outre le problème de transport, certains quartiers doivent aussi faire face à une distribution d'eau très erratique. À la rue Mahatma Gandhi, une habitante déplore le fait que pendant le week-end et les jours fériés, les robinets sont à sec. Dans la région de la rivière Kalimaye et du côté de Camp-Boolell, une route, qui a récemment été dotée de drains, n'est toujours pas asphaltée, tandis que le Sports Complex est laissé à l'abandon. De même, la pose de la première pierre d'une route reliant Dubreuil à Melrose et à l'Est a eu lieu en septembre 2024 mais depuis rien ne s'est concrétisé.
Malgré ses manquements et dans un monde en constante accélération, Dubreuil s'affirme comme une parenthèse hors du temps, un lieu où nature et vie humaine coexistent en harmonie, offrant aux visiteurs une expérience à la fois immersive et profondément humaine.
Le boulodrome couvert, la fierté des amateurs de pétanque
Inauguré en 2023, le boulodrome couvert de Dubreuil fut le premier de son genre dans l'île et offre un grand espace public aux amateurs de pétanque. Gunesslal Bahadoor explique qu'il vient ici presque tous les jours. Cet espace est éclairé et permet aux joueurs de pratiquer leur sport favori même le soir. Sunil Kumar Sumoreeah, autre habitant du village, a déjà fait partie de la sélection nationale pour les Championnats du monde en 2021.
Dubreuil Government School, la seule école du village
L'école du gouvernement de Dubreuil est la seule école du village et comprend 115 élèves, dont 38 dans la section pré-primaire. Parmi eux, dix à 15 élèves de l'école sont issus de familles inscrites sur le registre social et celles-ci ont du mal à nourrir quotidiennement leur enfant. L'établissement a obtenu un taux de réussite de 60 % au dernier examen du Primary School Achievement Certificate. L'école est également l'unique centre de vote lors des élections générales et villageoises.
Comme une lettre à la poste chaque vendredi... Le van de la poste passe chaque vendredi.
Ne disposant pas de bureau de poste, les habitants de Dubreuil doivent attendre le passage du service postal mobile pour régler leurs factures d'eau, d'électricité et de téléphone. En effet, chaque vendredi, un van de la poste de Maurice se rend au village et permet aux habitants d'effectuer leurs paiements. Le service est disponible uniquement le vendredi, entre 13 h 20 et 15 h 15.
Baz Manze : Ces petits snacks qui régalent à petits prix
Madame Jahal, vendeuse de «gato delwil», halte incontournable
Les petits villages ont aussi leurs petits snacks où l'on peut obtenir un repas pour un prix très raisonnable. Comme au snack de Kavita Maudhub, qui propose des mines frites ou bouillies et un halim de mouton très apprécié dans le coin. Quelques mètres plus loin, non loin du boulodrome, le Prith Snack, de Priti Ramma, propose également des plats bien appréciés, dont le fameux briani de poulet. Également au menu, son farata. Madame Jahal, de son côté, concocte tous les jours des gato delwil - un arrêt obligatoire pour toute personne qui traverse le village. Le briani de poulet est une des spécialités de Prith Snack.