Sénégal: Les petites mains de la banane (3/3)

31 Mars 2026

Dans le village de Nguène Sérère, commune de Missirah, région de Tambacounda, une quinzaine de femmes s'activent dans la farine de banane qui sert dans la cuisson de la bouillie et la pâtisserie. Ce travail, qui sert de source de revenus d'appoint pour les femmes de Nguène, ambitionne de faire de la localité l'épicentre des produits dérivés de la banane.

C'est un trajet plus ou moins tortueux qui nous mène vers le village de Nguène dans la commune de Missirah à Tambacounda. À la sortie de la Route nationale n° 4 qui mène à Kolda en provenance de Tambacounda, on tombe sur une piste latéritique bordée d'une végétation qui peine à se relever des nombreux feux de brousse qui embrasent la zone.

Au détour d'un village de Dialiko, nous empruntons un chemin de terre qui nous conduit à Nguène Sérère, une des principales zones de production de banane à Tambacounda. Cette zone renferme un petit trésor qui est le « centre de transformation de la banane Germaine Ndione ».

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Ce projet né il y a une vingtaine d'années s'inscrit dans le cadre du projet Femmes et agriculture résiliente au Sénégal (Far) et regroupe plus d'une quinzaine de femmes du village. À l'intérieur de l'enceinte, des tables où sont étalées des rondelettes de bananes finement découpées et proches de la maturation accueillent les visiteurs.

Avec délicatesse et minutie, Rose Tine, une des femmes transformatrices, les retourne pour qu'elles puissent sécher de manière uniforme. « Nous les séchons au soleil pendant trois jours pour les rendre faciles à moudre afin de produire de la farine de banane de qualité », explique-t-elle.

Poursuivant, elle nous fait visiter le site qui comprend un bâtiment principal servant au stockage et au conditionnement, un séchoir surplombé d'une grande bâche en plastique, une salle à moulin et des panneaux solaires qui fournissent de l'électricité au centre.

D'une allure énergique, elle nous montre tout le processus de production de farine de banane. « Nous nous procurons des régimes de bananes en provenance de nos champs que nous cultivons autour de Nguène. Après les avoir nettoyés avec de l'eau de javel, nous les découpons en petites rondelettes pour les faire sécher à l'air libre ou bien dans le séchoir pendant trois jours », nous déclare Rose Tine, femme transformatrice.

L'État sollicité pour la commercialisation

À l'intérieur du bâtiment principal, des femmes portant des blouses bleues et des masques barrant leurs visages travaillent à la transformation de cette farine de banane. Elles arrivent à produire plus de 25 kg de produits dérivés issus de cette farine de banane sous forme de « thiakry », d'« araw » (granulés), de « sankhal » (semoule) et de « sunguf » (farine) pour de la bouillie ou des pâtisseries.

Des produits qui, dit-elle, sont ensuite conditionnés dans les sachets de 400 g au prix de 1500 FCfa l'unité et livrés sur commande à des clients qui viennent de partout au Sénégal.

Non loin de là, Chantal Tine, présidente du groupement des femmes transformatrices de Nguène, ne perd rien de ce processus de transformation. Elle se veut intransigeante sur les règles d'hygiène.

Cette activité qui occupe les femmes trois fois par semaine, d'après elle, sert de revenus d'appoint pour les femmes du village afin de leur permettre de subvenir à leurs besoins. Elle assure en moyenne une rémunération de 15 000 FCfa à chaque femme transformatrice, nous informe-t-elle.

« Nous avons une dizaine de femmes qui s'activent dans les champs et au sein de l'unité de transformation pour donner à nos clients des produits de qualité. Nous alimentons aussi un réseau d'intermédiaires qui viennent s'approvisionner chez nous et revendre à Thiès, Diourbel et Dakar », affirme-t-elle.

Toutefois, Chantal Tine n'hésite pas à réclamer plus d'accompagnement de la part de l'État concernant une part plus importante dans la chaine de valeur de leurs produits.

« Nous avons des produits qui peuvent servir à toutes les utilités. Les épluchures de bananes peuvent même servir dans la cosmétique et la pharmacopée. Sur ce, si l'État pouvait nous faciliter l'octroi de machines pour éplucher les bananes, cela nous permettrait d'alléger la charge de travail des femmes », soutient-elle avant d'appeler à la constitution d'un réseau de partenaires commerciaux pour mieux écouler leurs produits dans les grandes surfaces et les marchés, conclut-elle.

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