Ile Maurice: Covilen Narsinghen - «La représentation de la diaspora ne se décrète pas, elle se construit»

interview

Face aux défis du retour des talents mauriciens expatriés, le gouvernement s'apprête à revoir en profondeur son dispositif d'incitation. Interpellé par la députée Rubna Daureeawo au Parlement la semaine dernière, le Premier ministre a dressé le bilan du «Mauritian Diaspora Scheme», tout en annonçant une réforme imminente pour corriger ses dérives et renforcer son efficacité. Covilen Narsinghen, de Global Diaspora Mauritius, nous parle des enjeux.

La diaspora mauricienne revient au coeur du débat politique. Comment accueillez-vous cette évolution ?

Nous accueillons cette évolution avec un certain sens des responsabilités. Cela fait plusieurs années que nous plaidons pour une reconnaissance pleine et entière de la diaspora comme un acteur stratégique du développement national. Aujourd'hui, cette reconnaissance semble enfin émerger dans le discours politique. Mais il faut franchir un cap : nous ne sommes plus dans le temps des intentions, mais dans celui des résultats.

Le Mauritius Global Diaspora a été particulièrement actif ces dernières années. Quel a été votre rôle ?

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Notre démarche s'est toujours voulue structurée et constructive. Nous avons notamment organisé des initiatives internationales et des forums de réflexion, développé des plateformes de mise en réseau des compétences mauriciennes à l'échelle globale, engagé un dialogue régulier avec des leaders politiques et institutionnels, et contribué à des travaux sur la réforme électorale et la représentation de la diaspora. Il s'agit d'un travail de fond, inscrit dans la durée et orienté vers des solutions concrètes.

Certains groupes locaux affirment également représenter la diaspora. Comment réagissez-vous ?

Il est important d'apporter de la clarté dans ce débat. La diaspora mauricienne est, par essence, une réalité globale, diverse et structurée à l'international. Dès lors, toute prétention à la représenter doit s'appuyer sur des éléments objectifs : une présence internationale réelle, des actions concrètes et une reconnaissance par la diaspora ellemême. La représentation ne peut être ni autoproclamée ni opportuniste. Elle repose sur la crédibilité et le travail accompli. Nous estimons donc essentiel d'éviter toute confusion entre des initiatives locales, légitimes dans leur périmètre, et la représentation d'une diaspora mondiale.

Certains pourraient percevoir le Mauritius Global Diaspora comme un acteur exclusif. Qu'en est-il réellement ?

C'est précisément l'inverse de ce que nous souhaitons incarner. Nous lançons un appel ouvert à toutes les organisations sérieuses, à tous les individus engagés qui souhaitent se connecter, collaborer et contribuer au développement de Maurice depuis l'étranger. Notre force, c'est notre envergure. Mais notre ambition, c'est d'être un espace fédérateur, pas un cercle fermé.

Nous tendons les bras aux associations de la diaspora actives sur le terrain, aux professionnels mauriciens installés à l'international, aux partenaires institutionnels et du secteur privé, et à toute initiative portée par un véritable désir de contribuer. La diaspora mauricienne est plurielle. Il serait contreproductif de la fragmenter davantage. Nous croyons au contraire qu'une coordination intelligente entre acteurs sérieux est la seule voie vers un impact réel et durable. La porte est ouverte. Elle l'a toujours été.

Que pensez-vous de la proposition d'une circonscription dédiée à la diaspora ?

C'est une proposition que nous considérons comme une avancée significative, si elle est bien encadrée. Elle devra impérativement s'inscrire dans un cadre constitutionnel clair, garantir des mécanismes fiables de vote à distance (consulaire ou électronique) et assurer une représentation effective au sein des institutions. Une telle réforme doit être pensée avec rigueur pour éviter toute dérive symbolique.

Craignez-vous que certaines initiatives restent au stade de l'annonce ?

C'est un risque que nous ne pouvons pas ignorer. L'expérience montre que certaines politiques publiques, notamment en matière de diaspora, ont pu souffrir d'un manque de coordination, d'un déficit de suivi ou d'une approche trop déclarative. Il est essentiel que les démarches actuelles s'inscrivent dans une logique de co-construction avec des acteurs crédibles et représentatifs. Cela implique également que les partenaires institutionnels, y compris internationaux, veillent à la qualité et à la légitimité des consultations engagées.

Faut-il privilégier le retour des Mauriciens de l'étranger ?

Le retour est une option, mais il ne peut constituer l'unique approche. La diaspora contemporaine fonctionne de manière transnationale : elle contribue à distance, investit et transfère des compétences, et reste connectée sans nécessairement se relocaliser. Il est donc nécessaire d'adopter une vision moderne, fondée sur la connectivité et la complémentarité.

Quel message souhaitez-vous adresser aux autorités ?

Notre message est simple et constructif : s'appuyer sur des interlocuteurs crédibles et représentatifs, mettre en place des structures institutionnelles solides, et traduire les engagements en actions concrètes et mesurables.

  1. Un mot de conclusion ?

Maurice dispose, à travers sa diaspora, d'un levier considérable. Mais pour en tirer pleinement parti, il est indispensable de renforcer la crédibilité des démarches engagées, de structurer les mécanismes de participation et d'instaurer une relation de confiance durable. La diaspora n'est pas un concept abstrait. Elle est une réalité vivante, organisée et prête à contribuer.

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