Sénégal: Il y a 60 ans, s'ouvrait à Dakar la Premier Festival mondial des ARTs nègres

Dakar — Il y a 60 ans, du 1-er au 24 avril 1966, se tenait à Dakar le Premier Festival mondial des Arts nègres, lequel, reporté à trois reprises (1961, 1963, 1965), se tient finalement au moment où le Sénégal fêtait ses six ans d'indépendance, pour illustrer et célébrer la contribution du monde noir aux valeurs de civilisation universelles, chères au président d'alors Léopold Sédar Senghor.

L'événement s'est tenu sous le patronage de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco) et l'aide de l'Etat français. Il a été organisé par l'État sénégalais et la Société africaine de culture, réseau international structuré autour de l'influente revue Présence africaine d'Alioune Diop (1910-1980).

Dans une lettre adressée à Lamine Diakhaté, ministre de l'Information et des Télécommunications en avril 1963, le président Léopold Sédar Senghor, initiateur du Premier Festival mondial des Arts nègres, en fixe les objectifs. Pour le premier président de la République du Sénégal, il s'agissait, dans le contexte marqué par les promesses des indépendances africaines, "de parvenir à une meilleure compréhension internationale et interraciale, d'affirmer la contribution des artistes et écrivains noirs aux grands courants universels de pensée et de permettre aux artistes noirs de tous les horizons de confronter les résultats de leurs recherches".

Guy Etcheverry, conseiller personnel du chef de l'Etat sénégalais, déclarait à la presse lors d'une visite à Paris que le festival était destiné à "faire apparaître l'affirmation solennelle des valeurs de la négritude".

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Pendant 24 jours, la capitale sénégalaise accueille des célébrités du monde de la culture (écrivains, artistes, etc.) et des sommités politiques. Il y avait notamment Duke Ellington, André Malraux (ministre français des Affaires culturelles), Joséphine Baker, Alioune Diop (fondateur de la revue Présence africaine), Katherine Dunham, Langston Hughes, Aimé Césaire, etc. Ils étaient venus prendre part à ce que les Haïtiens ont appelé "les Etats Généraux de la Négritude".

A l'ouverture du colloque sur "L'art nègre dans la vie du peuple", le président Senghor déclare que le festival n'est pas une manifestation ordinaire. C'est, précise-t-il, "une entreprise bien plus révolutionnaire que l'exploration du cosmos". Aux yeux du poète, les acteurs du festival participent "à l'élaboration d'un nouvel humanisme qui comprendra, cette fois, la totalité des hommes sur la totalité de notre planète Terre".

Une association sénégalaise du Festival mondial des Arts nègres est mise sur pied. Présidée par Alioune Diop, fondateur de la revue Présence africaine, elle est chargée de coordonner les différentes activités inscrites au programme de la manifestation. L'affiche officielle du festival avait été réalisée par le peintre Ibou Diouf, qui avait remporté le premier prix du concours d'affiches organisé à cette occasion et le grand prix des tapisseries récompensant le meilleur carton.

Les manifestations ont lieu au musée dynamique - construit spécialement à cet effet -, au village artisanal de Soumbédioune, au Palais de justice (pour l'exposition d'art contemporain), à Gorée, pour évoquer l'esclavage. Quant à la cathédrale du Souvenir africain de Dakar, elle abrite les spectacles d'inspiration religieuse ou spirituelle. Différentes compétitions sont organisées en littérature, arts plastiques, cinéma et disque (musique).

Tirant le bilan du Premier Festival mondial des Arts nègres, le commissaire national pour l'organisation, Souleymane Sidibé, déclarait dans une interview accordée à l'Agence de presse sénégalaise (APS), que "le festival a atteint ses objectifs. Il a révélé le nègre à lui-même (...) Il a mis l'accent sur l'unité de l'art nègre dans sa diversité". Les organisateurs ont accueilli un total de 2226 personnes.

Le budget du festival était estimé à 150 millions de francs CFA. La communauté libanaise a participé à hauteur de 15 millions à l'effort financier. Venue de 37 pays dont 30 africains, la plupart des délégations était conduite par des ministres. Quelque 2 500 artistes du Brésil, des États-Unis, d'Haïti, de Trinité-et-Tobago, du Royaume-Uni et de la France.

De même, 425 journalistes de 40 pays (17 africains) ont couvert les festivités qui ont attiré vers la capitale sénégalaise plus de 20.000 touristes. Le musée dynamique a enregistré plus de 20.000 visites, le village artisanal de Soumbédioune plus de 15.000, le spectacle "sons et lumières" de Gorée a reçu 23.500 spectateurs. Le prix des entrées aux différents spectacles variait entre 300 et 1500 francs CFA.

Avant le festival, le cinéaste Paulin Soumanou Vieyra réalise un court métrage d'actualité de 28 minutes dédié à l'événement. Il y dresse un portrait de la ville de Dakar qui se prépare à accueillir ce qui est présenté comme le plus grand rassemblement mondial des arts et cultures noirs. Le film réserve une large part à la présentation des expressions artistiques de toutes les nations africaines convoquées au Festival Mondial des Arts Nègres : les arts plastiques traditionnels et contemporains, le musée dynamique de Dakar, la photographie, l'artisanat, le sport, la danse, la musique, les arts dramatiques, le cinéma, la littérature.

Plus tard, après le festival, deux documentaires reviennent sur le contenu du programme réalisé : "The First World Festival of Negro Arts" (1966, 40 minutes), réalisé par William Greaves, qui propose "une vision à la fois officielle et frondeuse d'un réalisateur africain-américain sur la présence américaine à Dakar et la place de l'Afrique dans l'imaginaire de la diaspora", mais également "Ritmi Afriki" - "Rythmes d'Afrique" - (1966, 52 minutes), de Leonid Makhnach, dans lequel se déploie la vision et l'idéologie égalitariste des Soviétiques, producteurs du film.

En 2020, paraissent chez L'Harmattan-Sénégal, sous la direction de Saliou Mbaye et Ibrahima Wane, les actes du colloque organisé du 8 au 10 novembre 2016 à Dakar, à l'occasion du cinquantenaire du festival. Sous le titre "Le 1er Festival mondial des arts nègres - Mémoire et actualité", l'ouvrage de 364 pages revient sur "l'archéologie" de l'événement, ses acquis, l'appréciation de l'héritage, les perspectives pour l'Afrique dans l'entreprise de prise en main de son destin.

L'ouvrage est composé de 19 textes. Il y a, en plus de l'introduction du représentant sénégalais de la Communauté africaine de culture (CAC), Abdoulaye Elimane Kane, organisatrice du festival de 1966 et de sa commémoration de novembre 2016, l'allocution du président de la section sénégalaise de la CAC, le philosophe Alpha Amadou Sy, les textes de deux témoins-participants au festival, le Nigérian Wole Soyinka, président de la CAC, et l'Africain-Américain Harold Weaver.

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