La sécurité dans les hôpitaux publics revient au centre des préoccupations après une série d'incidents survenus ces dernières semaines. Le dernier en date s'est produit lundi soir à l'hôpital Jawaharlal Nehru, à Rose-Belle, où un membre du personnel a été violemment pris à partie par des proches d'un enfant admis aux urgences. Une rumeur faisant état du décès du patient aurait provoqué un mouvement de panique. Le soignant a subi de multiples blessures, notamment à la tête, à l'abdomen et au visage, nécessitant une prise en charge médicale.
Autre agression survenue dimanche à l'hôpital sir Anerood Jugnauth, à Constance, Flacq. Selon les informations recueillies, un lieu de culte situé dans l'enceinte de l'établissement aurait été vandalisé, déclenchant des tensions. Un groupe d'individus vêtus de noir et armés y a fait irruption et le Duty Manager a été pris pour cible. Il affirme avoir été agressé à la tête à l'aide d'une barre métallique extensible, les assaillants lui reprochant de filmer la scène. Le praticien, reconnu pour son professionnalisme irréprochable, a été blessé et hospitalisé après avoir subi un scanner. Une enquête devrait permettre d'établir les circonstances exactes de cet incident.
Ce cas s'inscrit dans une série d'événements récents. Début mars déjà, une docteure de 31 ans avait été agressée dans l'exercice de ses fonctions. Alors qu'elle examinait une patiente de 52 ans, la situation aurait dégénéré brusquement. Selon la déposition consignée, la patiente aurait proféré des insultes avant de s'en prendre physiquement à la praticienne, la saisissant par le bras et la projetant contre une porte. Si ses blessures n'étaient pas graves, des douleurs à la main et au dos ont été rapportées.
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Face à ces incidents répétés, la Medical and Health Officers Association exprime ses vives inquiétudes. Dans un communiqué, elle dénonce des agressions qu'elle juge incompatibles avec le droit fondamental à un environnement de travail sûr et affirme avoir multiplié les démarches auprès des autorités, sans réponse concrète à ce jour.
Son président, le Dr Vinesh Sewsurn, ne mâche pas ses mots : «Le ministre a juste fait un constat de la situation. Mais il est déjà trop tard. On commence à avoir des victimes graves.» Il insiste sur le caractère récurrent du problème : «Cela fait des années que nous tirons la sonnette d'alarme. Aujourd'hui, les agressions deviennent de plus en plus fréquentes et la situation est grave.»
De son côté, le ministre de la Santé et du bien-être, Anil Bachoo, s'est exprimé lors d'une conférence de presse, reconnaissant la gravité de la situation et appelant au calme (voir encadré). Toutefois, ces déclarations peinent à rassurer pleinement les professionnels de santé. L'association envisage désormais une manifestation pacifique pour faire entendre ses revendications.
«Nous attendons un rendez-vous avec le ministre pour proposer des solutions concrètes. Mais si rien n'avance, nous maintiendrons notre mobilisation», prévient encore le Dr Vinesh Sewsurn. Il se pourrait qu'une rencontre se tienne cet après-midi au ministère. Dans ce contexte tendu, une question s'impose: comment garantir la sécurité du personnel soignant tout en maintenant un climat de confiance au sein des hôpitaux ?
Le ministre Anil Bachoo : «Aucun médecin ne mérite de subir de telles violences en exerçant son devoir»
Lors d'une rencontre avec la presse hier matin à Ébène, le ministre Anil Bachoo a tiré la sonnette d'alarme face à une recrudescence inquiétante d'agressions du personnel médical. Cette prise de parole, organisée en urgence à son bureau du NexSky Building, visait à sensibiliser l'opinion publique à une situation jugée «grave et intolérable». Le ministre a d'abord exprimé sa profonde sympathie aux familles affectées, tout en condamnant avec fermeté ces actes «criminels», évoquant deux incidents survenus en 48 heures à l'hôpital SAJ de Flacq et celui de l'hôpital Jawaharlal Nehru, ou les praticiens agresses ont été blessés.
«Aucun médecin ne mérite de subir de telles violences en exerçant son devoir», a-t-il insisté. Anil Bachoo a rappelé que la loi prévoit des sanctions sévères contre toute agression envers un agent en service, pouvant aller jusqu'à cinq ans d'emprisonnement. Il a également souligné la pression considérable sur le système de santé, avec des millions de consultations annuelles. Tout en annonçant une collaboration renforcée avec la police pour assurer la sécurité dans les établissements hospitaliers, le ministre a lancé un appel au calme et au civisme.
«Personne n'a le droit de se faire justice soi-même», appelant la population à faire preuve de responsabilité et de respect envers le personnel soignant.