Comment faire pour ne pas subir les hausses du coût de la vie et de production consécutives au conflit qui dure au Moyen-Orient ?
Les tensions persistantes au Moyen-Orient continuent de peser lourdement sur l'économie mondiale, agissant non seulement sur le prix du carburant, mais troublant également les circuits d'approvisionnement. Ces fluctuations se répercutent directement sur le coût de la vie et sur les coûts de production. Face à cette situation, de nombreux gouvernements à travers le monde encouragent des alternatives comme l'utilisation des transports en commun, le télétravail ou la transition vers des modes de transport plus durables, dans le but de réduire la consommation de carburants importés.
Le comeback du télétravail
Dans plusieurs pays, le télétravail, solution largement développée pendant la crise du Covid-19, est redevenu une priorité. En Europe, certaines autorités encouragent les entreprises à maintenir ou réintroduire des journées de travail à domicile afin de réduire les déplacements et la consommation de carburant. Dans plusieurs grandes villes, des modèles hybrides sont la norme, avec deux à trois jours de télétravail par semaine.
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À Maurice, cette tendance se reflète progressivement dans les pratiques professionnelles. Un salarié dans le secteur des TIC abonde dans le même sens : «Le work from home m'aide vraiment. Moins de déplacements, moins de stress, et surtout moins de dépenses. Dans le contexte actuel, c'est devenu presque indispensable. Mais nous utilisons nos effets personnels, comme le laptop et l'électricité. Je pense que les employeurs devraient au moins proposer une compensation ou un tarif fixe aux employés.» Cependant, cette solution ne fonctionnent pas pour tous, à l'instar de ceux qui travaillent dans la construction, le commerce ou le transport.
Haniff Peerun, président du Mauritius Labour Congress, estime qu'il est nécessaire d'explorer dès maintenant des solutions adaptées à la situation, dont le travail à distance. En sus de limiter les trajets quotidiens, de réduire la consommation d'essence, il permettrait de diminuer les coûts opérationnels des entreprises, notamment en matière d'énergie et d'infrastructures. Du côté des salariés, certaines réserves sont exprimées. Aurélie, employée dans une entreprise privée, met en avant les défis liés au travail à domicile.
Elle soulève la question des dépenses associées, telles que la connexion internet ou l'achat d'équipements, qui ne sont pas toujours prises en charge.
Elle propose en revanche d'encourager des solutions alternatives pour réduire les déplacements, comme le partage de véhicules entre collègues, une pratique déjà répandue dans plusieurs pays. Et évoque aussi le projet du gouvernement du transport public gratuit, qui, à son avis, inciterait davantage de personnes à délaisser leur voiture. Aurélie estime que le modèle de travail à distance expérimenté lors de la pandémie mérite d'être repensé et mieux encadré et plaide pour l'introduction de règles claires afin de protéger les employés, notamment en ce qui concerne le respect des horaires, le droit à la déconnexion et la prise en charge des frais liés au travail à domicile.
Aurélie rappelle également que ce mode de fonctionnement peut représenter un avantage financier pour les entreprises, en réduisant certaines dépenses courantes.
Le virage électrique : solution ou illusion ?
Dans ce contexte, la voiture électrique s'impose comme une alternative de plus en plus populaire. À Maurice, plusieurs automobilistes affirment avoir réduit leurs dépenses. Un ancien propriétaire de véhicule à essence indique ainsi avoir réalisé jusqu'à 30 % d'économies après être passé à l'électrique, indiquant que le coût de son essence était bien plus lourd que son électricité.
Même constat pour Kapil Rughoo, employé dans le secteur offshore, qui estime avoir fait un investissement rentable sur le long terme, malgré un coût d'achat plus élevé. «Je suis gagnant et c'est un bon choix pour l'environnement», affirme-t-il.
Cependant, cette transition n'est pas sans nuances. Si la voiture électrique est présentée comme écologique, elle n'est pas totalement «verte». La fabrication et le recyclage des batteries, l'extraction des métaux critiques - comme le lithium, le cuivre, le nickel ou le cobalt -, le poids des véhicules et la source d'électricité utilisée pèsent encore sur l'environnement. Selon une source du secteur automobile, les SUV électriques consommeraient jusqu'à cinq fois plus de métaux critiques que les citadines.
Leur poids plus important implique également une consommation énergétique plus élevée. Si leur autonomie est supérieure, elle encourage aussi des trajets plus longs, ce qui augmente leur consommation globale.
À l'international, plusieurs gouvernements renforcent leurs politiques pour encourager cette transition. Des subventions à l'achat, des exonérations fiscales ou encore des investissements dans les infrastructures de recharge sont mis en place dans plusieurs pays européens et asiatiques. Certains États ont même annoncé des calendriers pour réduire progressivement la vente de véhicules à moteur thermique.
Toutefois, le contexte mauricien reste marqué par une forte croissance des importations de véhicules et par des contraintes sur le réseau routier. Le parc automobile a connu une expansion soutenue ces dernières années, dépassant largement les capacités d'aménagement. Elle contribue non seulement à une congestion routière accrue, mais aussi à une hausse du nombre d'accidents. Cette augmentation exerce également une pression sur les réserves en devises étrangères et sur la balance commerciale.
Face à cette situation, le gouvernement a mis en place plusieurs mesures dans le Budget 2025-2026, notamment la réintroduction des droits d'accise sur les véhicules hybrides et électriques.
Cette politique fiscale a eu un impact direct sur le marché des véhicules électriques, freinant leur adoption et modifiant les comportements d'achat des consommateurs. Selon Mrinal Teeluck, secrétaire général de la Motor Vehicles Dealers Association (MVDA), la vente de véhicules électriques a fortement ralenti, particulièrement pour les modèles premium. «C'est le prix qui freine la demande», explique-t-il. «Pour les voitures jusqu'à Rs 1,2 à Rs 1,5 million, les ventes sont encore présentes, mais pour les modèles plus chers, elles se sont effondrées.»
Mrinal Teeluck suggère de supprimer ce droit d'accise, comme c'était le cas auparavant. «Il y a une contradiction dans la politique gouvernementale. Le gouvernement encourage les panneaux solaires pour produire de l'électricité et réduit ainsi la dépendance à l'importation de l'huile lourde ou de charbon. Mais paradoxalement, il impose un droit d'accise sur les véhicules électriques, qui pourraient pourtant contribuer à économiser de l'énergie.»
Encourager les véhicules électriques ou hybrides serait bénéfique à long terme, selon lui. Bien que l'urgence économique soit réelle, il est important de penser à long terme, plutôt que d'imposer une fiscalité lourde. Ces véhicules peuvent être rechargés directement via des panneaux solaires à domicile, une alternative locale et plus autonome face aux importations de carburant.
Le conflit au Moyen-Orient met en évidence la dépendance aux importations de carburants et les risques associés à cette situation. Face au manque de visibilité sur la fin de ce conflit et à la flambée des prix des produits pétroliers, le ministre du Commerce, Michaël Sik Yuen, a souligné que les consommateurs doivent s'adapter au mieux à la situation et, autant que possible, éviter de prendre la route lorsque cela n'est pas nécessaire. «Une autonomie de 250 à 350 km suffit pour les déplacements domicile-travail, avec une recharge ou un top-up deux à trois fois par semaine.
Cette recharge peut se faire à domicile, hors des heures de pointe (de 18 à 21 heures), ou directement via des panneaux solaires. Cela représente un avantage économique tant pour les particuliers que pour le pays dans son ensemble.»
Embrayer vraiment la transition énergétique
Au-delà du transport, la question énergétique reste centrale. Maurice s'est engagé à réduire ses émissions de gaz à effet de serre et à augmenter la part des énergies renouvelables dans son mix énergétique, avec l'objectif d'éliminer progressivement le charbon.
La part des énergies renouvelables, qui atteignait environ 24 % en 2020, est retombée à près de 18 % en 2024. Le pays reste fortement dépendant des énergies fossiles, ce qui l'expose à la volatilité des prix internationaux et aux perturbations des chaînes d'approvisionnement, des facteurs aggravés par les tensions géopolitiques actuelles.
Face à ces défis, la stratégie nationale repose sur deux axes majeurs : la décarbonation et le renforcement de la sécurité énergétique. Il s'agit non seulement de respecter les engagements climatiques, mais aussi de garantir un approvisionnement stable et abordable. Pour y parvenir, le ministère de l'Énergie et des Services publics a un plan, «bouquet énergétique», visant à renforcer la production locale d'énergies renouvelables et à accélérer la transition énergétique.
Élaboré en collaboration avec le Central Electricity Board (CEB), la Mauritius Renewable Energy Agency et l'Energy Efficiency Management Office, ce plan vise à porter la part des énergies renouvelables à 60 % d'ici 2035 et prévoit l'ajout d'environ 277,5 MW de capacités installées, avec une priorité donnée au solaire, à l'éolien et à la biomasse.
Le plan solaire comprend plusieurs initiatives majeures. Le projet de Tamarind Falls, où des panneaux solaires flottants de 17,5 MW seront couplés à un système de stockage de 12 MW, réalisé en partenariat avec la National Thermal Power Corporation Ltd (Inde). Dix projets solaires au sol de 10 MW chacun pour renforcer le réseau, totalisant 100 MW, tandis que trois grands projets solaires de 40 MW chacun ajouteront 120 MW supplémentaires.
Tous ces projets seront équipés de systèmes de stockage d'énergie afin de garantir la stabilité du réseau et de mieux gérer les pics de consommation, particulièrement en été.
Le CEB adapte également ses programmes de production décentralisée - toitures solaires et projets moyens - pour y inclure le stockage et un tarif horaire différencié (time-of-use tariff), d'abord destiné aux grands consommateurs commerciaux volontaires. Parallèlement, un programme agrisolaire hybride permettra aux exploitations agricoles d'installer jusqu'à 4 MW de panneaux solaires, contre 500 kW auparavant, contribuant à la fois à la sécurité énergétique et à la production agricole.
Le projet de la ferme éolienne de Plaine-des-Roches a été relancé après quasiment une décennie sans évolution. L'extension prévoit l'installation de 15 à 20 MW supplémentaires, accompagnée de systèmes de stockage, faisant du site un centre d'innovation pour les énergies renouvelables.
En matière de biomasse, le National Biomass Framework encourage l'utilisation de copeaux de bois et d'autres sources locales pour produire de l'électricité, permettant de réduire progressivement la dépendance au charbon. Plusieurs producteurs indépendants, dont Terra, Alteo et Omnicane, se sont déjà engagés dans cette démarche. Le ministère accompagne l'ensemble des producteurs pour accélérer cette transition, estimant qu'une réduction de 50 % de l'usage du charbon pourrait être atteinte dans les prochaines années pour les producteurs indépendants, tandis que l'État continuera d'utiliser principalement le fioul lourd.
Pour renforcer la sécurité énergétique à long terme, le CEB prévoit la mise en service de turbines à gaz à cycle combiné alimentées au gaz naturel liquéfié, d'une capacité de 450 à 500 MW. Des discussions ont été engagées avec l'Inde, le Japon et le Qatar pour obtenir l'expertise et les technologies nécessaires.
En attendant, des initiatives ont été lancées pour encourager l'utilisation responsable des énergies. Depuis octobre 2025, une campagne nationale incite les consommateurs à adopter une consommation plus rationnelle de l'électricité. De nouvelles normes énergétiques sont également introduites progressivement : après les climatiseurs en 2025, les réfrigérateurs seront concernés dès 2026.