Depuis la suspension de l'octroi des permis de fusil le 2 juillet 2025, toute une communauté se retrouve à l'arrêt, sans visibilité, ni réelle perspective. Une situation qui, au-delà des chasseurs euxmêmes, pose des questions de fond sur la cohérence des politiques publiques, l'équilibre environnemental et la viabilité d'un secteur souvent mal compris.
La Société des chasseurs de Maurice regroupe aujourd'hui près de 750 membres : des femmes et des hommes engagés dans une pratique encadrée, respectueuse des règles et des équilibres naturels. Pourtant, le sentiment qui domine aujourd'hui est celui d'une incompréhension grandissante, voire d'une mise à l'écart.
Le constat est clair : nous avons atteint un point de rupture. Entre les coûts cumulés des permis de fusil, permis de chasse et locations des terres de l'État, la pratique devient progressivement inaccessible. Cette pression financière ne touche pas seulement les pratiquants actuels ; elle bloque surtout l'accès à la relève. Les jeunes, pourtant essentiels à la pérennité de cette activité, se retrouvent exclus de fait. À terme, le risque est évident : une activité réservée à une minorité, condamnée à s'éteindre faute de renouvellement.
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À cela s'ajoute une contradiction difficilement compréhensible. D'un côté, l'agro-industrie encourage l'augmentation de la production de cerfs. De l'autre, l'accès aux permis de chasse devient de plus en plus contraignant. Comment encourager la production tout en limitant les moyens de chasse ? Cette incohérence fragilise l'ensemble du système.
Car la chasse, à Maurice, n'est pas un simple loisir. Elle joue un rôle structurant. Elle constitue aujourd'hui le principal moyen de régulation de la population de cerfs sur l'île. Sans cette régulation, les équilibres naturels pourraient être durablement affectés.
Certains estiment que jusqu'à 80 % de la population de cerfs pourrait être impactée à terme si la chasse venait à disparaître. L'activité contribue également de manière significative à l'économie locale, avec environ 650 tonnes de viande mises sur le marché. Elle s'inscrit dans une économie circulaire fragile, soutenant des emplois, des domaines, des activités rurales et des services associés. Les chasseurs participent aussi, souvent de manière invisible, au gardiennage des terres de l'État, à la surveillance des territoires et à la protection de l'environnement. Autant d'éléments rarement pris en compte dans les débats.
Un autre point de préoccupation majeur concerne la manière dont les décisions sont aujourd'hui élaborées. Trop souvent, les politiques encadrant la chasse semblent définies sans une connaissance suffisante des réalités du terrain, et sans consultation des principaux concernés. Or, lorsqu'une activité est mal comprise, les réponses deviennent restrictives. Et lorsque les décisions sont prises sans dialogue, elles peuvent produire des effets contraires à ceux recherchés.
Face à ces contraintes, une évolution se dessine déjà : certains chasseurs se tournent vers l'étranger, notamment vers l'Afrique, où les conditions de pratique sont jugées plus accessibles et mieux structurées. Si cette tendance se confirme, c'est toute une filière locale qui risque de s'affaiblir. Il ne s'agit pas ici de contester la nécessité de la sécurité publique ni celle d'un cadre réglementaire strict. Il s'agit d'appeler à un rééquilibrage.
Les chasseurs demandent de la clarté, de la proportionnalité et, surtout, une véritable concertation. Car la question de fond est simple : souhaite-t-on préserver une activité encadrée, utile et durable, ou assister à son déclin progressif ? Il est encore temps d'agir. Mais le temps presse. Écouter les acteurs de terrain, reconnaître leur rôle et construire des solutions équilibrées : voilà la voie à suivre. Avant qu'il ne soit trop tard.