Madagascar: Insécurité alimentaire au pays - 1,8 million de personnes sont dans «une situation très préoccupante»

interview

À Madagascar, l'insécurité alimentaire se maintient d'année en année à des niveaux élevés : 1,8 million de personnes se trouvent dans une « situation très préoccupante » dans le sud et le sud-est du pays, selon la directrice du Programme alimentaire mondial (PAM) sur la Grande-Ile, Tania Goossens. Alors que les récoltes sont retardées par les changements climatiques dans ces régions enclavées et historiquement délaissées par les pouvoirs publics, les acteurs humanitaires sont, eux, fragilisés par la baisse des financements internationaux.

Tania Goossens, quel est l'état de l'insécurité alimentaire dans le sud et le sud-est de Madagascar ?

La situation ne s'améliore pas en comparaison des années précédentes. Dans la dernière analyse IPC [un indice de mesure de la sécurité alimentaire, NDLR] que nous avons réalisée en décembre 2025, nous estimons que 1,7 million de personnes sont en phase 3+, c'est-à-dire en situation de crise, et 71 000 personnes en phase 4, en urgence. Le niveau 5 correspond à la famine. À partir de la phase 3+, c'est une situation très préoccupante.

Nous sommes au pic de la période de soudure, qui dure d'octobre à avril. Les gens n'ont plus de stocks, ils ont déjà vendu ce qu'ils avaient et doivent donc acheter au moment où les prix augmentent. C'est un cercle vicieux.

Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn

Les familles sont obligées d'adopter des stratégies d'adaptation négative en ne prenant qu'un repas ou deux par jour au lieu de trois par exemple, ou en retirant leurs enfants de l'école. Il s'agit d'un état de vulnérabilité très grave. Certains hommes quittent leurs familles dans le sud pour chercher du travail dans les zones urbaines, dans la région de Majunga (nord-ouest) notamment.

Comment expliquez-vous que cette crise humanitaire se répète d'année en année ?

Ces populations très vulnérables dépendent principalement de l'agriculture, notamment l'agriculture pluviale, mais elles subissent les effets des chocs climatiques successifs, comme la sécheresse. Avant, la période de soudure durait quatre mois, maintenant elle en dure six. La date de récolte est plus incertaine.

Elles souffrent également d'un très faible accès aux services sociaux de base. Il faut des investissements dans les centres de santé, l'éducation et pour accompagner les petits producteurs. Le manque d'infrastructures est aussi un problème majeur. On peut promouvoir l'accès aux marchés, mais s'il n'y a pas de routes...

En plus des causes structurelles s'ajoutent des facteurs externes, à l'image de la situation actuelle au Moyen-Orient qui risque d'affecter les communautés, avec une augmentation du coût de l'énergie et du transport et du prix des denrées alimentaires.

Comment la baisse des financements internationaux aggrave cette insécurité alimentaire ?

La France, les États-Unis, la Corée du Sud ou encore le Japon apportent des financements mais il devient très difficile pour ces acteurs de mobiliser des fonds pour Madagascar au regard du contexte mondial que nous vivons.

En février et mars, nous n'avions plus du tout de stocks alimentaires. En amont, nous avons dû prioriser, réduire les rations que nous donnons aux familles. Nous n'avons pour l'instant aucun financement pour la prochaine période de soudure, à partir d'octobre. C'est la première fois qu'on se trouve dans cette situation. Peut-être devrons-nous concentrer nos efforts sur les personnes classées en phase 4 de l'indice IPC, au risque que les personnes en phase 3 basculent à leur tour si nous ne les aidons plus.

Fin-janvier, le gouvernement malgache a lancé un appel international pour donner une visibilité à cette situation humanitaire dans le sud et le sud-est et pour demander une assistance de la communauté internationale. C'était avant-même les cyclones Gezani et Fytia [qui ont fait des dizaines de morts et d'immenses dégâts matériels dans certaines zones de Madagascar, NDLR] qui ont encore davantage compliqué la situation.

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.