Ils espéraient des réponses mais ils sont repartis avec davantage d'incertitudes. Une nouvelle fois, d'anciens employés de Star Knitwear se sont rassemblés le mercredi 1eᣴ avril, devant le ministère du Travail, à la Victoria House, Port-Louis, dans l'espoir d'une issue à leur situation. Mais, pour l'heure, rien ne semble évoluer. Les visages étaient fermés, marqués par l'inquiétude et la lassitude. Pour ces travailleurs, dont certains ont consacré entre 30 et 38 années de leur vie à l'usine, l'attente d'une compensation ou d'un règlement de leurs droits s'apparente désormais à une impasse.
Ravi Ladoua, représentant des employés, évoque un statu quo préoccupant. Selon lui, le ministre du Travail, Reza Uteem, aurait indiqué que la situation financière de l'entreprise complique toute perspective de paiement rapide. «L'usine est endettée à hauteur de plus de Rs 1 milliard. Une fois les actifs vendus, il faudra d'abord rembourser les créanciers. Ce n'est qu'avec le solde éventuel que les travailleurs pourraient être rémunérés», explique-t-il. Une annonce qui a eu l'effet d'une douche froide parmi les travailleurs présents. «Plusieurs de mes collègues n'ont pu retenir leurs larmes en apprenant cela. Ils ont tout donné à cette usine et se retrouvent aujourd'hui sans rien», confie Ravi Ladoua.
Pour beaucoup, la désillusion est profonde : ils comptaient sur ces années de service pour bénéficier d'une compensation à l'approche de la retraite. À cette détresse financière s'ajoute une réalité sociale difficile. La majorité de ces anciens employés a dépassé les 55 ans, rendant toute réinsertion professionnelle particulièrement complexe. «Nous aurions dû partir à la retraite à 60 ans, mais même cela nous a été enlevé», déplore une employée. «Avec le coût de la vie qui ne cesse d'augmenter, comment allons-nous faire ?», s'interroge-t-elle.
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Face à cette situation, des démarches ont été entreprises. Ravi Ladoua indique avoir sollicité l'intervention du ministère pour le déblocage du Wage Guarantee Fund afin de venir en aide aux travailleurs licenciés en janvier et qui n'ont pas bénéficié de cette mesure, contrairement à ceux licenciés en juillet. «Le ministre a dit qu'il allait examiner la question», précise-t-il. La question des sept jours de salaire impayés au moment du licenciement a également été soulevée.
Présent à cette rencontre, le syndicaliste Fayzal Ally Beegun, qui accompagnait également des travailleurs de la firme PADCO Ltd, placée sous administration volontaire, a constaté une montée de la frustration. «Les travailleurs n'en peuvent plus d'attendre», affirme-t-il. Concernant PADCO, il évoque une somme disponible d'environ Rs 45 millions, mais dont l'utilisation reste bloquée. «Le ministre a demandé au Receiver Manager d'en utiliser une partie pour payer les travailleurs, mais celui-ci a refusé, expliquant qu'il devait d'abord engager certaines procédures avant d'envisager tout paiement», indique-t-il.
Dans ce climat tendu, les travailleurs de Star Knitwear ont décidé de passer à l'action. Une manifestation est prévue devant le Parlement le 30 avril afin de faire entendre leurs voix. À l'issue de la rencontre, ces travailleurs ont fait part de leur incompréhension, estimant que certaines lois leur paraissent davantage favorables à la protection des pensions de hauts responsables publics. Ils se sont dès lors interrogés sur les garanties offertes aux travailleurs ayant consacré leur vie au développement économique du pays.
Par ailleurs, Fayzal Ally Beegun envisage d'adresser une lettre au Premier ministre, Navin Ramgoolam, pour solliciter une rencontre et discuter de ces problématiques dans un contexte économique jugé de plus en plus difficile par les concernés. Il faut noter que des travailleurs étrangers étaient également présents pour cette mobilisation, témoignant de l'ampleur de la situation. Entre espoirs déçus et incertitudes persistantes, ces anciens employés continuent de réclamer une issue juste à leur combat.