Sénégal: Les Africains partent 'en position défavorable' dans le débat sur la restitution des biens culturels, selon un expert

Dakar — Le spécialiste du patrimoine, le Béninois Franck Komlan Ogou a estimé, vendredi à Dakar, que les Africains partent "en position défavorable" sur le débat de la restitution des biens culturels, notamment, avec le projet législatif envisagé par la France pour encadrer juridiquement cette question.

Une loi cadre initiée par la France sera examinée la semaine prochaine par l'Assemblée nationale française pour encadrer juridiquement la restitution des biens culturels africains, a rappelé le spécialiste du patrimoine.

Franck Komlan Ogou a indiqué que les Africains partent "en position défavorable" dans ce débat, car ces objets dont on parle appartiennent à un autre pays, la France, depuis plus d'un siècle.

"On est obligé de suivre le rythme de la France. (...) Et il faut espérer que cette loi qui va sortir de l'Assemblée nationale française, puis le Sénat français, puisse garder les dispositions qu'il faut pour rassurer les pays africains, notamment, en termes de types d'objets que la France pourrait restituer à l'Afrique. C'est surtout en cela que nous avons beaucoup d'inquiétude", a-t-il dit.

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Le spécialiste béninois et directeur de l'Ecole du patrimoine africain (EPA) intervenait dans le cadre des Grandes conférences du patrimoine et de l'archéologie organisées par la Faculté des lettres et sciences humaines de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar, en partenariat avec l'Unesco sur le thème "Restitution des biens culturels : états des lieux et perspectives pour l'Afrique".

"Pour la France, les objets à restituer concernent les butins de guerre", a fait remarquer Franck Komlan Ogou.

"On parle des prises de guerre, des butins de guerre, par exemple, qui pourraient être restituées sans difficulté. Mais quel objet est butin de guerre ? Et quel objet ne l'est pas ? Nous ne le savons pas. Donc, c'est en ce sens que nous devons être vigilants", a-t-il recommandé.

Il appelle aussi les Africains à être "réalistes" parce que tous les objets partis ne vont pas revenir.

"Mais ce cadre juridique permet de rentrer en possession de nos objets emblématiques, parce que les objets dont on parle sont pour la plupart des objets rituels qui appartiennent aux communautés, qui les utilisaient dans des pratiques culturelles", a-t-il dit.

"Bien que ces objets aient été pillés, certaines pratiques continuent à être faites. Mais peut-être sans ces objets ou avec des objets de substitution", dit-il.

Le Bénin réclame de nouveaux biens culturels à la France

Sur la restitution des biens culturels de son pays, le docteur Franck Komlan Ogou estime que le Bénin a déposé une nouvelle liste d'objets réclamés à la France qui a déjà été prise en compte.

"On espère que bientôt les discussions vont s'ouvrir pour que le Bénin puisse rentrer en possession de ces objets. L'idée n'est pas d'aller ramasser tous les objets africains ou tous les objets béninois qu'il y a en France. Mais c'est de pouvoir avoir les objets emblématiques de la culture, de la tradition béninoise pour que les communautés puissent avoir un accès libre à ces objets", a-t-il expliqué.

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