Ile Maurice: Rashid Ali Beekun - «Mon mandat sera guidé par un principe simple : Fermeté et humanité»

interview

Rashid Ali Beekun, ancien «Deputy Commissioner of Police» (DCP), est le nouveau commissaire des prisons. Il a pris ses fonctions mardi dernier, 31 mars. Il remplace Dev Jokhoo, qui a démissionné le 18 mars. Rashid Ali Beekun a passé plus de 40 ans dans la force policière avant de se retirer en 2024. Au cours de sa carrière, il a supervisé de nombreuses opérations de maintien de l'ordre et a dirigé la Traffic Branch de 2011 à 2015. Il expose sa vision de la gestion des prisons.

Quelle est votre vision globale pour moderniser le système pénitentiaire ?

Ma vision repose sur un équilibre clair entre sécurité, humanité et efficacité. Il ne s'agit plus de considérer la prison uniquement comme un lieu de détention mais comme un espace de transformation. Moderniser le système pénitentiaire implique d'adopter des standards internationaux, de renforcer les infrastructures, mais aussi de revoir les méthodes de gestion. Nous devons évoluer vers un modèle centré sur la réhabilitation, tout en garantissant une sécurité maximale. Cela passe également par une meilleure coordination avec les institutions judiciaires, les services sociaux et les organisations non gouvernementales. En somme, je souhaite un système plus transparent, plus humain et orienté vers la réduction de la récidive.

Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres

Quelles seront vos priorités immédiates durant vos 100 premiers jours ?

Les 100 premiers jours seront consacrés à un diagnostic approfondi. Je veux établir un état des lieux précis des établissements pénitentiaires, tant sur le plan des infrastructures que des ressources humaines. Ensuite, nous lancerons des mesures urgentes pour améliorer les conditions de détention, notamment en matière d'hygiène et d'accès aux soins. Une structure de discipline de longue date sera également auditée pour s'assurer que tout fonctionne à la perfection. Nous veillerons à ce que chaque procédure interne, de la surveillance aux inspections, soit rigoureuse et efficace.

Comment comptezvous lutter contre la surpopulation carcérale et améliorer les conditions de détention ?

La surpopulation carcérale est un défi majeur. Selon le cadre légal, chaque détenu doit purger la peine qui lui a été infligée, la durée des condamnations étant strictement définie par la loi. Nous ne pouvons pas changer cela car la loi définit clairement la durée des condamnations. Cependant, nous pouvons agir sur l'organisation interne des établissements pour optimiser la gestion des espaces et améliorer les conditions de vie des détenus. Des mesures telles que la planification rigoureuse des affectations de cellules, la surveillance stricte des infrastructures et le suivi des détenus permettront de réduire la pression sur les établissements et de garantir que chacun purge sa peine dans un environnement sûr et humain.

Quelle approche adopterez-vous pour la réhabilitation et la réinsertion des détenus ?

La réhabilitation est au coeur de ma stratégie. Nous allons renforcer les programmes de formation professionnelle afin de donner aux détenus de réelles perspectives à leur sortie. L'éducation, qu'elle soit académique ou technique, deviendra un pilier central. Nous allons oeuvrer avec des travailleurs sociaux et des associations pour accompagner les détenus sur le plan mental et social. La réinsertion sera un processus structuré, incluant un suivi après la libération. Réduire la récidive passe par une préparation sérieuse à la vie après la prison.

Comment entendez-vous renforcer la discipline ?

La discipline est essentielle pour garantir l'ordre et la sécurité. Elle est la colonne vertébrale du système. Nous allons renforcer les mécanismes de contrôle interne, introduire des audits réguliers et mettre en place des canaux de dénonciation sécurisés. Tout manquement sera sanctionné de manière exemplaire. En parallèle, il est important de valoriser les gardiens intègres et de créer une culture professionnelle basée sur l'éthique et la responsabilité. La confiance du public dépend de notre capacité à être irréprochables.

Quel rôle la technologie peut-elle jouer dans la gestion et la sécurité des établissements pénitentiaires ?

La technologie est un levier incontournable de modernisation. Nous allons investir dans des systèmes de vidéosurveillance intelligents, des contrôles d'accès électroniques et des outils de gestion numérique. Cela permettra non seulement d'améliorer la sécurité mais aussi de réduire les erreurs administratives. La digitalisation doit nous permettre d'être plus efficaces et plus transparents.

Comment comptez-vous améliorer les conditions de travail et la formation des gardiens de prison ?

Les gardiens sont au coeur du système. Il est impératif d'améliorer leurs conditions de travail, tant sur le plan matériel que psychologique. Nous allons renforcer les programmes de formation continue, notamment en matière de gestion de crise, en droits humains et en techniques de communication. Il est également prévu que l'on revoie certains aspects organisationnels pour réduire la pression et améliorer le bien-être au travail. Un personnel motivé et bien formé est la clé d'un système performant.

Quel message souhaitez-vous adresser à la population et aux familles des détenus concernant votre mandat ?

Je souhaite rassurer la population : la sécurité reste notre priorité absolue. Mais je tiens aussi à dire aux familles des détenus que leur proche demeure un être humain, avec des droits et une possibilité de changement. Mon mandat sera guidé par un principe simple : fermeté et humanité. Nous voulons bâtir un système pénitentiaire qui protège la société, tout en offrant une seconde chance à ceux qui souhaitent se réinsérer. La justice ne doit pas être uniquement punitive, elle doit aussi être constructive.

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.