Dans un rapport qui vient d'être publié, l'Union africaine (UA), la Banque africaine de développement (BAD) et les Nations Unies redoutent les multiples conséquences que risque d'avoir la guerre menée par Israël et les États-Unis contre l'Iran sur les grands équilibres économiques, monétaires et financiers des pays africains.
Alors que la guerre en Iran a d'importantes conséquences économiques dans le monde entier, l'Union africaine (UA), la Banque africaine de développement (BAD), le Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud) et la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique (Uneca) détaillent, dans un rapport conjoint, les conséquences probables du conflit encore à venir pour le continent africain, dont 15,8% des importations proviennent du Moyen-Orient et qui y exporte 10,9% de ses marchandises.
Transmis samedi 4 avril à l'Agence France Presse (AFP), le document évoque un « risque grave » pour l'Afrique où « le conflit pourrait rapidement dégénérer en crise du coût de la vie ». Ses auteurs s'inquiètent notamment de la hausse des prix du carburant, des aliments, du fret et des assurances, mais aussi des pressions qu'elle va engendrer sur le taux de change et de ses répercussions sur le budget des États.
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Si, sur le plan agricole, la période des semis a commencé - elle va s'étaler jusqu'en mai -, les difficultés d'acheminement du gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance du Golfe limitent déjà la production et la disponibilité des engrais, qui deviennent aussi plus chers. Enfin, sur le plan monétaire, 29 devises africaines se sont déjà dépréciées, ce qui augmente le coût de la dette, ainsi que celui des importations, et diminue d'autant les réserves de change.
Les gains enregistrés par certains pays ne compenseront pas les pertes au niveau du continent
Quelques pays pourraient certes bénéficier de la crise comme le Nigeria, producteur de pétrole, le Mozambique, producteur de GNL dont la valeur augmente, l'Afrique du Sud, la Namibie et Maurice, dont les ports vont profiter de la réorientation des échanges commerciaux, ou encore le Kenya et l'Éthiopie, qui devraient tirer leur épingle du jeu côté aérien.
Reste que l'UA et l'ONU estiment que ces gains - inégaux - ne compenseront pas les conséquences continentales en ce qui concerne l'inflation, les budgets et l'alimentation. Elles pointent également un risque d'intensification des conflits pour le contrôle des ports, des minerais ou pour la sécurité en mer Rouge. Quant aux activités humanitaires, leurs coûts va lui aussi augmenter, tandis que les bailleurs pourraient décider de leur côté de réorienter leurs fonds vers d'autres priorités... ce qu'ils avaient d'ailleurs commencé à faire sans attendre la guerre au Moyen-Orient.
Quelles solutions trouver ?
Tout d'abord à court terme les quatre institutions régionales, Union africaine, Banque africaine de développement, Commission économique pour l'Afrique et le Programme des Nations unies pour le développement, appellent les pays africains à déployer des mesures de protection sociale pour aider les populations les plus vulnérables à faire face elles recommandent aussi l'activation de mécanismes de financement d'urgence des importations comme l'achat groupé de carburant alors que le Moyen-Orient représente un peu moins de 16% du total des importations en Afrique.
Elles encouragent les pays exportateurs d'hydrocarbures - comme le Nigeria et le Mozambique - donc ceux qui bénéficient de la hausse des cours, à épargner ces revenus supplémentaires dans des fonds souverains, par exemple. Objectif : amortir l'inflation pour les ménages. À plus long terme, il faut « renforcer la sécurité énergétique des pays africains », écrivent les experts, notamment en développant les capacités de raffinage ou encore les énergies renouvelables.
Autre levier : la ZLECAF, la zone de libre échange continentale africaine. Sa mise en oeuvre doit être accélérée selon les institutions et s'accompagner de réformes structurelles à l'échelle continentale.