Ile Maurice: John-Erich Nielsen - «J'ai constaté de graves dysfonctionnements au sein de la police...»

interview

Agressé en mai dernier à Chamarel au terme d'un conflit de voisinage, l'auteur de romans policiers John-Erich Nielsen a quitté l'île avec son épouse Sonia. Dans un message audio adressé à «l'express», il accuse la police d'avoir orchestré un guet-apens et dénonce des collusions entre trafic de drogue et pouvoir politique.

Vous avez quitté Maurice. Était-ce une décision difficile à prendre ?

Le départ de Maurice est totalement subi. Mon épouse était partie un peu plus tôt pour la naissance de notre petite fille, en France. Quand nous nous sommes quittés, elle ne pensait pas ne plus jamais revoir la maison que nous habitions depuis cinq ans. Cela a vraiment été une machination, un guet-apens terrible, orchestré par la police, sur des ordres venus d'encore plus haut. Et j'en ai la trace. Je me suis caché pendant un mois, car si j'avais été arrêté par la police, j'étais mort. Je me faisais assassiner en prison.

C'est une affirmation grave. Que voulez-vous dire ?

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Cela m'a permis de découvrir les coulisses de la société mauricienne, plus précisément de ses institutions, et de voir ce qui était à l'oeuvre derrière. Et pourquoi des trafiquants de drogue peuvent être protégés, non seulement protégés, mais soutenus et aidés, au détriment d'un auteur qui demande simplement que ses droits de locataire soient respectés. J'ai constaté de graves dysfonctionnements au sein de la police, des institutions, de la justice, du milieu des avocats et jusqu'au milieu politique, car ces trafiquants de drogue ont un protecteur. Tout cela a été affligeant. Cela vient corroborer ce qui paraît actuellement dans la presse mauricienne sur le trafic de drogue. Malheureusement, j'en étais une victime collatérale.

Sur le plan judiciaire, où en est l'affaire ? Avez -vous confiance dans la justice mauricienne ?

Notre cas est toujours en cours. Mon avocate et mon avoué m'ont demandé - lors d'une visioconférence - si nous souhaitions poursuivre. Nous leur avons répondu par l'affirmative. Comme notre affaire ne sera certainement pas jugée avant longtemps, on peut espérer que le monsieur qui tire les ficelles ne sera plus là à ce moment-là. On peut même espérer que la vérité éclate un jour et que la société mauricienne sache enfin qui est vraiment cet individu et ce qu'il fait. Il n'est pas possible qu'un individu de ce genre, qui a voulu ma mort et organisé celle-ci, puisse occuper une telle fonction.

Selon-vous, cette affaire dépasse-t-elle votre cas personnel ?

Ce que nous voulons faire savoir, c'est que s'installer et s'investir à Maurice n'est pas sans danger. Nous avons reçu des dizaines de témoignages - et pas seulement de Français. L'étranger, au moindre problème à Maurice, se fait totalement plumer, avec la complicité d'une certaine police et, éventuellement, de politiques. Notre histoire, malheureusement, n'est pas unique. Il existe aussi des individus qui, derrière leur costume et leur cravate d'homme politique, protègent ce trafic de drogue pour des raisons financières privées, mais qui peuvent également servir les caisses des partis. Ce que nous craignons, c'est qu'ils se soient laissé avoir par l'argent de la drogue et qu'ils soient désormais obligés de retourner l'ascenseur. Concrètement, ce sont les mafieux qui ont pris le pouvoir.

Vous rédigez un livre sur cette affaire. Quel message souhaitez-vous transmettre ?

Moi, qui suis auteur de romans policiers, j'avais imaginé des scénarios comme celui-là dans mes livres, en me disant que le lecteur ne croirait pas à une telle histoire. Et pourtant, c'est ce que j'ai vécu. Sonia, mon épouse - qui est aussi mon éditrice - travaille déjà dessus. Nous disposons désormais d'éléments et avons reçu des dizaines de témoignages après notre départ. En ne retenant que les plus fiables, ceux corroborés par les faits, nous constatons que notre analyse et notre synthèse ne sont pas erronées. Les gens nous parlent parce que nous avons quitté Maurice. Je conçois votre difficulté en tant que journaliste : je sais très bien que certains d'entre vous n'oseront pas évoquer ce qui nous est arrivé. À partir du moment où l'on a peur de s'exprimer - que l'on soit journaliste, citoyen ou avocat - c'est un État mafieux. C'est là sa caractéristique.

Envisagez-vous un jour de revenir à Maurice ?

Pourquoi pas ? Ce n'est pas parce qu'il existe quelques policiers corrompus et dangereux, ou quelques politiques corrompus et dangereux, que toute la société mauricienne l'est également. Ce n'est pas le cas. Nous avons des amis mauriciens extraordinaires. Avec Sonia, nous continuons de penser que Maurice vaut bien mieux que cette corruption. Comme toute crise, elle connaîtra une fin. Notre ambition est de contribuer à ce qu'un système s'efface, qu'il soit éradiqué et que des personnes beaucoup plus dignes prennent sa place. C'est notre espoir.

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