Sénégal: « Benn Deuk, Ñaari Garr » - Comment le chemin de fer a façonné l'histoire de Thiès

5 Avril 2026

La construction de la ligne Dakar-Saint-Louis entre 1881 et 1885, ainsi que celle de Thiès-Kayes, achevée en 1923, ont constitué un tournant important dans le développement socio-économique de la ville de Thiès surnommée « la capitale du rail ».

« Thiès est née du chemin de fer ». L'affirmation est d'un ancien cadre des chemins de fer, Ousseynou Seck, ancien président de l'Association des fonctionnaires cheminots (1988-2003). À l'en croire, avant l'installation du chemin de fer, la ville de Thiès était peuplée de quelques centaines de personnes, réparties dans quelques quartiers traditionnels, précisément des villages.

Avec l'installation du chemin de fer, Thiès a conforté sa posture de carrefour entre Dakar et les régions de l'intérieur du pays. En effet, la ville a abrité deux gares pendant longtemps : celles de Dakar-Saint-Louis et de Thiès-Kayes, cette dernière n'étant plus fonctionnelle. Cela a valu à Thiès le slogan en wolof « Benn Deuk, Ñaari Gaar », une appellation qui viendrait d'un malade mental, selon Ousseynou Seck. Dans ses propos, cherchant à galvaniser les cheminots, il disait : « Thiès-Kayes, Benn Deuk, Ñaari Gaar ».

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À force de répéter ce slogan, cette phrase est restée dans la mémoire collective des Thiessois et au-delà, raconte l'ancien inspecteur des chemins de fer.

Le peuplement de la ville de Thiès s'est accéléré autour de l'activité économique, avec l'arrivée de Maliens et de Dahoméens, explique Ousseynou Seck. De nouveaux quartiers se sont créés, dont la cité Ballabey, ou Dvf (derrière la voie ferrée), qui est la preuve flagrante de l'extension de la ville derrière la voie ferrée, devenue une ligne de démarcation.

Ligne de démarcation

Le transport ferroviaire a ainsi généré des emplois directs (cadres, ouvriers) et indirects, notamment des saisonniers (recrutés en période d'hivernage pour surveiller la voie). Selon M. Seck, les emplois étaient estimés à près de 3 500, dont 1 000 ouvriers dans les grands centres de maintenance. La ville vibrait au rythme de l'entreprise ferroviaire, avec plusieurs milliers de personnes qui dépendaient de cette activité, sans compter le commerce qui s'était développé autour du rail.

Les fins du mois étaient quasiment synonymes de fête, car Thiès vibrait au rythme du groupement d'achat des denrées de première nécessité. Pendant plusieurs décennies, l'activité économique a été à son apogée à Thiès autour de l'entreprise ferroviaire, particulièrement au début des années 1990.

Cependant, cette embellie économique s'est accompagnée de remous sociaux. À commencer par la grande grève de 1938, qui a fait plusieurs morts. Selon Ousseynou Seck, ces travailleurs réclamaient simplement la fin de conditions de travail inhumaines imposées par l'administration coloniale. Même pour prier ou aller aux toilettes, une autorisation était nécessaire. Cette situation a déclenché la révolte des travailleurs, suivie d'une sanglante répression.

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