Cameroun: Création d'un poste de vice-président - Pourquoi maintenant ?

Théodore Datouo, Président de l'Assemblée nationale du Cameroun

Quelque cinq mois après sa prestation de serment, pour un nouveau mandat, le président camerounais, Paul Biya, s'est inscrit dans une dynamique de révision constitutionnelle, aux fins de créer un poste de vice-président.

Le projet de loi a été présenté, le 2 avril dernier, au parlement réuni en congrès. Selon le texte présenté, le vice-président est nommé par le président de la République pour l'assister tout comme le Premier ministre dont le poste ne disparait pas. Si le projet de loi est adopté en l'état, c'est le vice-président qui succédera au chef de l'Etat en cas de démission ou de décès pour achever son mandat.

L'opposition qui rue dans les brancards, criant à la confiscation du pouvoir, n'a pas totalement tort

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Une prérogative qui, jusque-là, était dévolue au président du Sénat. Pourquoi un tel changement ? Et pourquoi maintenant ? En effet, tout porte à croire que papy Biya prépare sa succession. On est d'autant plus fondé à le penser que le poids de l'âge commence à peser sérieusement sur ses épaules. Il est évident qu'à 93 ans, Biya n'a plus la force ni la lucidité nécessaires pour continuer à gérer le pouvoir et ce, après plus de quarante ans de règne sans partage.

Le seul fait de dire que la loi s'appliquera à son mandat actuel, est plus qu'un aveu de contre-performance. C'est, et c'est peu de le dire, la preuve que Biya a besoin d'aide pour continuer à porter la lourde charge qui est la sienne. Car, comme on le dit, le pouvoir use et on n'a pas besoin d'être devin pour savoir que papy Biya est fatigué. Sa démarche et sa voix presqu'inaudible le prouvent à souhait. Et s'il pouvais disposer d'une cure de jouvence, Biya n'hésiterait pas à la chercher. Mais hélas ! Nul ne peut aller à l'encontre des lois de la nature.

Cela dit, la création du poste de vice-président n'est pas une mauvaise chose en soi, ce d'autant que cela pourrait contribuer à renforcer l'architecture institutionnelle au Cameroun. Le hic, c'est l'idée qui se cache derrière ce projet. Pourquoi Biya ne l'a-t-il pas fait bien avant ? Pourquoi attendre au crépuscule de sa vie pour se choisir un dauphin ? De toute évidence, ce projet de loi, une fois adopté, rebattra, à coup sûr, les cartes sur l'échiquier politique camerounais. C'est d'autant plus vrai qu'elle ouvrira la voie à la succession de Paul Biya.

C'est dire si l'opposition qui rue dans les brancards, criant à la confiscation du pouvoir, n'a pas totalement tort. Sa colère est d'autant plus légitime qu'elle n'a pratiquement aucune possibilité d'empêcher l'adoption de ce projet de loi. Dans la mesure où la mouvance présidentielle contrôle totalement le Sénat et le parlement, ce projet de loi passera comme un courrier à la poste. La question essentielle que l'on se pose est la suivante : qui sera nommé au poste du vice-président par le père, comme on l'appelle affectueusement au Cameroun ?

Bien malin qui pourrait répondre à cette question. En attendant, les supputations vont bon train. Mais parmi ceux cités comme favoris, figurent Ferdinand Ngoh Ngoh, Secrétaire général de la présidence, considéré comme le numéro deux officieux, Samuel Mvondo Ayolo, Directeur du cabinet civil de Paul Biya, ou encore Laurent Esso et René Emmanuel Sadi, tous des caciques du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), parti au pouvoir.

L'alternance démocratique que les Camerounais appellent de tous leurs voeux, semble piégée

Et la liste est loin d'être exhaustive. Car, parmi les figures proches de Biya, il y a également Peter Mafany Musonge, Philémon Yang, ou Joseph Dion Ngute, tous issus de la zone anglophone et dont la nomination au poste de vice-président, constituerait une volonté manifeste de Biya de jouer la carte de l'apaisement, sans oublier l'actuel président du Sénat et dauphin constitutionnel de Biya, Aboubakary Abdoulaye. Mais tous ces caciques pourraient mordre la poussière. Car, c'est un secret de Polichinelle de dire que Biya nourrit le secret espoir de se faire succéder par son fils Franck.

Il n'est donc pas exclu que ce dernier soit bombardé vice-président. En tout cas, il ne faut pas se bercer d'illusions. Cette reconfiguration institutionnelle voulue par le président Biya, vise à garantir, sans coup férir, sa succession et la continuité de son régime. C'est dire si l'alternance démocratique que les Camerounais appellent de tous leurs voeux, semble piégée. En tous les cas, toute contestation du projet de loi portant création d'un poste de vice-président, pourrait ne pas être du tout apprécié par le pouvoir de Douala.

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