Ile Maurice: Entre version policière et thèse du malentendu, la justice tranchera

Deux hommes sont actuellement maintenus en cellule policière à la suite des incidents survenus dans l'enceinte de l'hôpital sir Anerood Jugnauth (SAJ), Constance, dans la soirée du 29 mars. Alors que l'enquête suit son cours, la défense livre une version des faits radicalement opposée à celle de la police.

Ce que dit la police

Selon la version officielle des forces de l'ordre, la soirée du 29 mars a été marquée par deux incidents distincts et graves à l'hôpital SAJ.

Le premier, survenu vers 20 h 30, concerne la dégradation d'un kalimaye situé dans la cour arrière de l'établissement. L'auteur présumé, un membre du personnel hospitalier, aurait fracassé quatre vitres d'une porte en aluminium à l'aide d'une pierre, avant de prétendre d'avoir été dans un état mental perturbé au moment des faits. Le préjudice est estimé à Rs 10 000. C'est le médecin généraliste de l'hôpital qui a déposé la plainte.

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Moins de deux heures plus tard, vers 22 h 30, ce même médecin a été victime d'une agression dans l'enceinte même de l'hôpital. Selon le rapport de police, un groupe d'une vingtaine d'individus vêtus de noir l'a encerclé et l'un d'eux l'a frappé à la tête avec une matraque extensible en métal. Sans blessure visible, le médecin a néanmoins souffert de douleurs crâniennes et a requis un examen médical. Il a affirmé être en mesure d'identifier l'un de ses agresseurs.

La Criminal Investigation Division (CID) de Flacq, sous la supervision du surintendant de police Babajee, a pris l'affaire en main avec le concours de la police scientifique. Le mercredi 1eᣴ avril, deux hommes ont été interpellés : un habitant de Midlands âgé de 28 ans et un habitant de Camp-Diable âgé de 27 ans. Présentés devant le tribunal le lendemain, la police s'est opposée à leur remise en liberté. Ils ont été reconduits en cellule dans l'attente de leur prochaine audience, fixée ce vendredi 10 avril.

Ce que dit la défense

Pour les avocats des deux accusés, Meᣵ Pravesh Nuckcheddy et Taij Dabycharun, le tableau est tout autre. Me Nuckcheddy n'y va pas par quatre chemins : «Une affaire présentée comme une agression contre un médecin pourrait en réalité n'être que le résultat d'un enchaînement de malentendus dans un contexte de tension religieuse.»

Selon la défense, tout part de la profanation du kalimaye. La nouvelle s'étant rapidement répandue au sein de la communauté hindoue, plusieurs personnes se seraient spontanément rendues sur place, non pour en découdre, mais pour protéger le lieu de culte. «Les personnes présentes sur les lieux poursuivaient en réalité le même objectif que le médecin : protéger le site religieux», soutient Me Nuckcheddy.

C'est dans ce climat tendu qu'un engrenage fatal se serait mis en place. Le médecin, ne reconnaissant pas les individus rassemblés devant l'hôpital, les aurait suspectés d'être liés au vandalisme et aurait commencé à les filmer, contribuant ainsi, involontairement, à exacerber les tensions. Des témoignages concordants cités par la défense indiquent même que le médecin aurait par la suite admis qu'il s'agissait d'un malentendu généralisé, «sans intention malveillante de part et d'autre».

Sur la décision de la police de s'opposer à la remise en liberté des deux accusés, Me Nuckcheddy ne cache pas son étonnement, évoquant «l'absence de toute intention criminelle claire» de la part de ses clients.

L'enquête devra départager les deux versions

Les faits reprochés relèvent-ils d'une agression caractérisée, comme le soutient la police ou d'une confusion collective née d'un contexte religieux et émotionnel particulièrement sensible, comme l'affirme la défense ? C'est à l'enquête du CID de Flacq de le déterminer. Les deux accusés, maintenus en détention, seront de nouveau présentés devant le tribunal ce vendredi. Une audience qui s'annonce décisive.

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