L'affaire de Huilerie industrielle de Tamatave (HITA) prend un tournant exécutoire en 2026, après une année 2025 jalonnée de rebondissements et de blocages procéduraux. Le Pôle anti-corruption de Madagascar (PAC) a confirmé la semaine dernière le gel des avoirs de plusieurs suspects, marquant une avancée majeure dans cette enquête sur un système présumé de blanchiment d'argent et de spoliation entre Madagascar et Maurice impliquant Mamy Ravatomanga.
Pour rappel, l'affaire HITA oppose les actionnaires historiques, dont le cofondateur R. R., à son frère A. R. et aux partenaires malgaches Jaffar Hadjee Kamis Sahid Mahomed, Galib Asgaraly et Sohib Mahomed Nissaraly ; Ces derniers sont accusés d'avoir pris le contrôle frauduleux de l'entreprise et de s'être partagé la majorité des bénéfices, ne laissant que des miettes à R. R. Les investigations se concentrent sur un réseau de sociétés mauriciennes - Higglo InternationalTrading Ltd, Africom Ltd, Outworld Ltd soupçonnées d'avoir servi à des opérations de blanchiment par surfacturation ou des transferts aux flux suspects, tandis que l'ombre de Mamy Ravatomanga, considéré comme bénéficiaire silencieux, plane sur l'ensemble du dossier.
Décisions majeures à Madagascar
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Le PAC d'Antananarivo a pris deux décisions majeures début 2026. Le 2 février, il a ordonné le gel des comptes bancaires des trois partenaires malgaches, mesure confirmée et signifiée le 27 février à l'Agence de recouvrement des avoirs illicites pour sécuriser des fonds présumés détournés. Le 23 février, le PAC a émis une interdiction de sortie du territoire à l'encontre de ces mêmes suspects ainsi que le ressortissant mauricien A.R., considéré comme le pivot opérationnel depuis Maurice. Ces décisions visent à garantir leur présence devant la justice et à empêcher toute fuite des actifs liés aux détournements présumés.
Ces actions interviennent dans un contexte politique renouvelé. Sous l'ancien régime, de nombreuses procédures judiciaires avaient été systématiquement bloquées ou retardées, nourrissant les soupçons d'une protection des intérêts en place. Le gouvernement de la Refondation de Madagascar, arrivé au pouvoir avec la promesse de restaurer l'État de droit et de lutter contre la corruption, joue désormais un rôle déterminant. La rapidité avec laquelle ces mesures ont été mises en oeuvre en 2026 est perçue comme un test de sa capacité à assurer transparence et indépendance judiciaire. Pour les observateurs nationaux et internationaux, la gestion d'affaires emblématiques comme HITA sert de baromètre de la crédibilité économique et financière du nouveau régime.
FCC offensive à Maurice
La dimension transnationale de l'affaire se concrétise également. Le 12 février 2026, la Financial Crimes Commission (FCC) de Maurice a officiellement notifié aux autorités malgaches l'ouverture d'une enquête préliminaire sur les flux financiers transitant par les sociétés mauriciennes suspectées. Il est probable que la FCC adopte prochainement des mesures similaires, incluant gel d'avoirs et restrictions contre A. R. sur le sol mauricien, renforçant la coopération judiciaire entre Antananarivo et la FCC.
Cette dynamique verrouille la pression sur le réseau présumé et illustre l'importance des partenariats internationaux pour lutter contre le blanchiment d'argent et les détournements transfrontaliers. Après des mois de procédures souvent entravées, les mesures restrictives deviennent une réalité tangible pour les suspects. L'ombre de Mamy Ravatomanga pourrait également être éclaircie dans les prochaines phases de l'enquête, révélant l'ampleur et la sophistication présumée du blanchiment.
Cette saga judiciaire, mêlant trahison familiale, surfacturation et transferts financiers internationaux, entre désormais dans une phase décisive. L'épilogue dépendra de la capacité des enquêteurs, soutenus par la volonté politique du gouvernement malgache, à reconstituer la mécanique financière ayant siphonné les profits de HITA et à présenter des preuves solides devant la justice.