Afrique: Nikhil Purlackee analyse l'IA pour Google

Il ne faut pas se mentir : l'intelligence artificielle (IA) a envahi le monde éducatif comme du lierre sur une façade. Mieux réviser, mieux écrire, mieux structurer une argumentation, que ce soit au secondaire ou à l'université, l'outil s'est imposé partout, discrètement d'abord, massivement ensuite. Il s'agit d'une tendance globale. Mais comment la vivent nos jeunes qui ont choisi de poursuivre leurs études à l'étranger, loin de l'île, immergés dans des environnements où la technologie dicte déjà le rythme ? Nikhil Purlackee, lui, a une réponse. À 19 ans, à partir de Kuala Lumpur, ce Mauricien ne subit pas cette vague. Il l'étudie. Et Google l'a recruté pour le faire.

Étudiant en deuxième année en informatique et spécialisé en IA à la Taylor's University, en Malaisie, il se voit demain comme Product Manager spécialisé en IA et fintech ou consultant en innovation technologique. Mais, pour l'heure, il occupe un poste que peu d'étudiants dans le monde peuvent revendiquer : celui d'observateur privilégié de la façon dont une génération entière adopte et utilise l'IA.

Situons le contexte avec des chiffres qui donnent le vertige: selon une enquête du Digital Education Council portant sur plus de 3 800 étudiants dans 16 pays, 86 % d'entre eux utilisent régulièrement l'IA dans leurs études, dont 54 % de façon hebdomadaire. Au Royaume-Uni, la progression a été quasi verticale : de 66 % en 2024, le taux d'adoption est passé à 92 % en 2025, avec 88 % des étudiants utilisant désormais l'IA générative pour leurs évaluations contre 53 % l'année précédente. En l'espace d'une seule année académique, l'outil est passé du statut de curiosité à celui d'infrastructure.

Maurice n'est pas en reste : selon le Government AI Readiness Index du cabinet britannique Oxford Insights, l'île affichait en 2024 un score de 53,94 sur 100, se classant première en Afrique subsaharienne. Un positionnement encourageant mais qui pose une question : nos institutions sont-elles vraiment prêtes à former les étudiants en conséquence ?

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Poste de terrain

Le rôle de Student Champion que Nikhil occupe n'est pas un titre honorifique. C'est un poste de terrain. «J'agis comme un catalyseur de la transformation numérique sur le campus, en m'assurant que les étudiants ne soient pas seulement des utilisateurs de technologie, mais des praticiens informés, qui comprennent le pourquoi derrière les outils», explique-t-il. Cela passe par des ateliers, par la collecte d'insights sur la manière dont les étudiants interagissent avec des outils comme Gemini ou NotebookLM et la transmission de ces données à Google Malaysia. «Le but est que le retour ne soit pas anecdotique, mais ancré dans des données.»

Lors de sa deuxième visite au bureau de Google Malaysia, qu'il décrit lui-même comme un glissement «de l'exploration vers l'exécution stratégique», il a travaillé directement avec SzeMei Kuah, Higher Education Adoption Lead chez Google et également Gemini Adoption Lead pour l'enseignement supérieur en Malaisie, et Victor Lam, Sales Program Lead pour la région Asie-Pacifique, pour affiner la feuille de route de la collaboration entre Taylor's University ICT et Google Malaysia. L'objectif : aligner les cadres académiques avec les exigences du marché technologique actuel et bâtir un pont durable entre l'innovation de Google et l'excellence académique de Taylor's.

Sur le campus, Nikhil observe un glissement dans les habitudes. ChatGPT, longtemps dominant, cède progressivement du terrain à Gemini. Pas par conviction idéologique mais par pragmatisme. «Avoir un assistant IA capable de 'lire' tes Docs et 'd'organiser' ton Drive représente un avantage que d'autres plateformes n'offrent pas aussi nativement», analyse-t-il. L'intégration dans un écosystème déjà familier fait la différence, Google Drive et Google Docs restant l'étalon-or de la collaboration en temps réel.

Ce que Nikhil refuse, c'est la vision de l'IA comme raccourci. «Ce programme fait évoluer les étudiants du simple copier-coller vers le prompt engineering et la pensée critique. L'IA doit être un copilote pour l'innovation, pas un moyen d'éviter de réfléchir.» Pour lui, la question n'est pas de savoir si les étudiants utiliseront l'IA, mais dans quelle posture. «Les étudiants ne seront plus de simples 'consommateurs'. Nous devenons des cocréateurs. Les technologies futures seront construites avec nous, à partir de la façon dont nous résolvons les problèmes aujourd'hui.»

Le Forum économique mondial va dans ce sens. Son rapport Future of Jobs 2025 prédit que l'IA va détruire 92 millions d'emplois mais en créer 170 millions de nouveaux. Une formule qui circule dans les milieux académiques résume l'enjeu mieux que n'importe quelle statistique : «Les gens ne perdront pas leur emploi face à l'IA mais ils le perdront face à des gens qui savent l'utiliser.»

Inspirer l'île

Nikhil n'a pas oublié d'où il vient. Avec ce modèle qu'il vit de l'intérieur, une université qui coconstruit ses programmes avec une entreprise tech de premier plan, il pense qu'il pourrait inspirer Maurice. Et ici, les signaux vont dans ce sens. En novembre 2025, quelque 4 000 éducateurs ont été formés à l'utilisation de l'IA dans l'enseignement, en collaboration avec l'Institute of Technical Education and Technology et le ministère de l'Éducation. En janvier dernier, Mauritius Telecom et le ministère de l'Éducation ont lancé mytGPT Education, un assistant pédagogique IA déployé en phase pilote dans huit établissements scolaires. En mars, le Conseil des ministres a approuvé les Higher Education (Use of Artificial Intelligence) Regulations 2026, un cadre réglementaire, qui s'appliquera désormais à l'utilisation de l'IA dans tout le secteur tertiaire mauricien.

Des signaux encourageants. Mais pour Nikhil, ce n'est que le début. Il donne un nom à ce modèle qu'il appelle de ses vœux : la Skill Architecture. L'idée est que l'industrie devrait activement aider à définir les compétences enseignées, plutôt que de laisser les cursus se figer pendant que le marché évolue. «Ce qui est enseigné le lundi doit être pertinent pour ce qu'un développeur fait le mardi.» Faire entrer l'industrie dans la salle de classe, pas seulement comme parrain mais comme coarchitecte des formations. «Cela rendrait les diplômés mauriciens hautement compétitifs à l'échelle mondiale.»

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