Sénégal: Ibrahima Ba - « Le rail doit redevenir un levier structurant de l'aménagement du territoire »

7 Avril 2026
interview

À l'occasion de la 66e célébration de l'indépendance du Sénégal, qui s'esr tenue cette année à Thiès, Ibrahima Ba, directeur général de la société nationale les Chemins de fer du Sénégal (CFS), revient sur le lien indéfectible entre la ville et le rail. Il détaille les projets de réhabilitation, les ambitions du réseau à écartement standard et la stratégie de financement de ces infrastructures lourdes.

Thiès accueille cette année la 66e édition de la célébration du 4 avril. Comment le chemin de fer a-t-il façonné la « cité du rail » ?

Le chemin de fer et Thiès sont intimement liés. Si la ville a été créée un peu avant l'arrivée du rail, celui-ci l'a profondément marquée et façonnée. Quand on évoque Thiès, on pense immédiatement au chemin de fer. Pourquoi ? Parce que les deux premières lignes d'Afrique-Occidentale française Dakar-Saint-Louis et Dakar-Niger se rejoignaient pratiquement ici, faisant de Thiès un grand carrefour d'échanges, un véritable nœud ferroviaire.

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La ville a également concentré l'essentiel des infrastructures industrielles ferroviaires : ateliers de maintenance, dépôts de locomotives... L'essentiel des installations nécessaires à l'exploitation ont été conçues à Thiès. Sur le plan historique, les cheminots ont marqué la ville et le pays. . On se souvient de la grève de 1947, qui a duré plusieurs mois et a véritablement déclenché la marche vers l'indépendance. Avant cela, celle de 1938 avait été réprimée dans le sang. Le rail a donc joué un rôle central dans l'avènement du Sénégal moderne.

Où en est la réhabilitation de la voie Dakar-Tamba ?

Ce projet s'inscrit dans un cadre global, celui du référentiel « Sénégal 2050 », qui vise un développement harmonieux du territoire à partir de pôles dynamiques. Cela suppose l'aménagement d'infrastructures de connectivité. Le programme prévoit la construction de 2 000 kilomètres de nouvelles voies à écartement standard, dont la première phase concerne l'axe Dakar-Tambacounda. Les études techniques ont démarré en novembre dernier et se poursuivent.

En parallèle, nous avons une infrastructure existante, héritée de l'époque coloniale, ce qu'on appelle la voie métrique, qui est disponible sur une partie du tracé. Notre ambition est de consolider ce qui reste de ce réseau en attendant le développement des nouvelles infrastructures. Conformément aux orientations des autorités, nous travaillons avec des opérateurs privés pour relancer l'exploitation sur certaines lignes. L'objectif est de faire circuler le train entre le port autonome de Dakar et Tambacounda, puis vers d'autres localités.

Cette relance aura des impacts positifs immédiats, comme le décongestionnement du trafic routier, la réduction des accidents en diminuant le nombre de poids lourds, la revitalisation économique des localités traversées grâce au petit commerce, et la création d'emplois directs et indirects. Elle permettra aussi de préserver le patrimoine ferroviaire, souvent agressé en l'absence d'activité, et d'offrir un transport plus écologique en captant une partie du trafic routier.

Il y a également le projet Touba-Mbacké-Ngabou. Quelle est l'importance stratégique de ce projet ?

Ce projet répond à une forte demande des populations de Touba, la deuxième agglomération du Sénégal. Comme Dakar, elle connaît d'importants problèmes de mobilité, accentués par le mouvement pendulaire des élèves. La plupart des établissements scolaires francophones se trouvent en effet du côté de Mbacké, ce qui crée des flux massifs matin et soir, une source de difficultés pour les familles.

Les autorités religieuses, très sensibles à cette question, nous ont encouragés à pérenniser les services que nous avions mis en place avec la société les Grands trains du Sénégal (GTS) lors du Magal. L'idée était d'offrir un service régulier, et non plus uniquement lors de cet événement.

Sous le leadership du ministre des Transports aériens et terrestres, nous avons donc travaillé à concrétiser ce projet, afin de proposer un transport de qualité et sécurisé entre Touba, Mbacké et Ngabou. Nous œuvrons actuellement, dans le cadre de la relance, à prolonger cette liaison jusqu'à Diourbel, un vœu cher au khalife général des mourides.

À long terme, le gouvernement mise sur le réseau à écartement standard, ce qui demande des financements assez conséquents. Comment comptez-vous concrétiser cette vision ?

Il est vrai que les grands projets d'infrastructure nécessitent des investissements colossaux. Mais aucun projet n'est non finançable : tout dépend de sa portée, de son impact économique et de sa rentabilité. La stratégie de l'État est donc de mettre l'accent sur ces aspects dès les études, qui incluent une évaluation économique et financière. Celle-ci démontrera la viabilité du projet et facilitera la levée de fonds.

Le financement sera très probablement mixte. Il y aura une part d'effort budgétaire de l'État, car il relève de ses missions régaliennes d'assurer la souveraineté et la pérennité des infrastructures. Nous solliciterons également des partenaires multilatéraux comme la Banque mondiale et des banques de développement, ainsi que des partenaires bilatéraux, avec lesquels le Sénégal est en discussion. Enfin, conformément à l'agenda national de transformation qui mise sur le partenariat public-privé, nous explorerons cette voie. C'est donc un mix entre ces différentes options qui permettra de financer ce projet ambitieux.

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