Ingénieure diplômée de l'École centrale Paris et directrice du Développement des projets chez Axian Energy, Ngoné Tall revient sur les enjeux du projet de centrale solaire de Kolda, dont le bouclage du financement (closing financier) vient d'être annoncé. Elle détaille les ambitions, les innovations et les impacts attendus de cette infrastructure stratégique.
Vous venez d'annoncer le « closing financier » de la centrale solaire de Kolda. Que représente cette étape dans ce projet ?
Le « closing financier » constitue une étape clé et structurante. Il confirme la solidité technique et économique du projet. Après un démarrage sur fonds propres, nous avons réussi à mobiliser 72 millions d'euros, soit environ 47 milliards de FCfa, pour un coût global estimé à 90 millions d'euros (59 milliards de FCfa). Ce financement a été obtenu auprès d'institutions internationales de premier plan, notamment l'Emerging Africa and Asia Infrastructure Fund (Eaaif), la Fmo et la Deg.
C'est un signal fort de confiance, non seulement envers ce projet, mais aussi envers le secteur énergétique sénégalais et la stabilité du cadre d'investissement.
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Comment le projet a-t-il été structuré et financé ?
La structuration s'est faite en plusieurs étapes : études techniques et environnementales, signature du contrat d'achat avec la Senelec, obtention des autorisations, sécurisation du foncier, choix des partenaires techniques et financiers, mobilisation des fonds. La participation d'institutions financières internationales témoigne de la robustesse du projet et de la confiance accordée au partenariat entre Axian Energy, la Senelec et l'État du Sénégal.
Quelles sont les principales caractéristiques de cette centrale?
Le projet, porté par la société de droit sénégalais Nea Kolda, s'inscrit pleinement dans l'objectif de l'État de porter à 40 % la part des énergies renouvelables dans son mix électrique d'ici à 2030. Il s'agit d'une centrale solaire photovoltaïque de 60 MWc associée à un système de stockage par batterie de 72 MWh. Elle sera également reliée au réseau national grâce à une ligne électrique de 11 km connectée à la sous-station de Kolda. L'électricité produite sera vendue à la Senelec dans le cadre d'un contrat d'achat d'électricité de 25 ans et permettra d'alimenter plus de 235.000 foyers.
La mise en service est prévue pour fin 2026.
Pourquoi avoir choisi Kolda, alors que la majorité des centrales solaires sont situées dans le nord et le centre du pays ?
Le choix de Kolda repose à la fois sur des considérations techniques et stratégiques. La région bénéficie d'un excellent potentiel solaire et offre des conditions favorables au développement d'un projet performant. Mais, il s'agit aussi d'un choix d'aménagement du territoire. En concertation avec les autorités, nous avons voulu contribuer à un meilleur équilibre dans la répartition des infrastructures énergétiques.
Par ailleurs, ce projet permettra de renforcer la stabilité du réseau dans le sud du pays, surtout en cas de perturbation sur certaines lignes de transport, tout en favorisant le développement économique local.
Le projet intègre un système de stockage de 72 MWh. En quoi est-ce une innovation ?
C'est une avancée majeure. Grâce au stockage, on passe d'une production solaire intermittente à une production pilotable et sécurisée. Le système permettra particulièrement de lisser la production, de répondre aux pics de consommation, de réguler la fréquence et la tension du réseau et même d'assurer un redémarrage autonome du réseau en cas de panne (blackstart). Le Sénégal se positionne ainsi comme un pionnier en Afrique de l'Ouest dans l'intégration à grande échelle du stockage d'énergie.
Quelle est la nature de votre partenariat avec la Senelec ?
La Senelec est un partenaire central. Comme je l'ai déjà dit, nous avons signé un contrat d'achat d'électricité sur 25 ans, garantissant un approvisionnement stable pour le réseau national. Axian Energy assurera l'exploitation et la maintenance de la centrale en étroite collaboration avec la Senelec. Quant à la ligne de raccordement, elle sera rétrocédée à la Senelec. C'est un partenariat stratégique de long terme au service de la souveraineté énergétique du Sénégal.
Quels impacts ce projet aura-t-il au niveau local et national ?
Les retombées sont déjà visibles. Nous avons mis en place des mesures d'accompagnement pour les communautés, notamment à travers des appuis à l'agriculture et à l'élevage, des infrastructures hydrauliques et des programmes de formation. Par ailleurs, un fonds de garantie de 35 millions de FCfa a été créé pour faciliter l'accès au financement des femmes et des jeunes.
Le projet comprend aussi un ambitieux programme Rse de deux milliards de FCfa couvrant la santé, l'éducation, le développement économique et le sport. Parmi les actions prévues, il y a la construction d'une maternité, de salles de classe, de forages ou encore d'un stade. Au pic des travaux, près de 400 emplois locaux seront mobilisés. À l'échelle nationale, la centrale contribuera à renforcer le mix énergétique et permettra d'éviter environ 200.000 tonnes d'émissions de CO2 d'ici à 2030.