Afrique: Gouvernance, arbitrage et compétitions - Le tour d'horizon de Patrice Motsepe à Dakar

Patrice Motsepe, président de la CAF lors de la conférence de presse organisée ce jeudi 8 avril 2026 à Dakar
9 Avril 2026

La Conférence de presse organisée ce jeudi 8 avril 2026 à l'Hôtel Pullman de Dakar a pris des airs de tribunal sportif. Venu officiellement pour consolider l'unité entre le Sénégal et le Maroc, le président de la Confédération Africaine de Football (CAF), Patrice Motsepe, a dû répondre point par point aux critiques acerbes sur l'arbitrage de la dernière CAN, le sort des supporters détenus et les soupçons de corruption. Un exercice de transparence totale pour une institution à la croisée des chemins.

L'arbitrage en accusation : Le soupçon d'une partialité organisée

La conférence a débuté par une interpellation frontale sur la désignation des officiels lors de la CAN 2025 au Maroc. Un observateur chevronné a pointé du doigt des pratiques troublantes : le changement du président de la commission des arbitres au profit d'un ressortissant proche de l'administration de la CAF, et la nomination d'un quatuor d'arbitres de même nationalité pour le match d'ouverture et la finale du pays organisateur.

Face à l'accusation d'avoir "trahi la confiance" des supporters en favorisant le pays hôte, Patrice Motsepe a joué la carte de la franchise. « Il y a des domaines où nous avons besoin de renforcer nos capacités. Nous aurions pu faire mieux », a-t-il admis, comparant les exigences de la CAF à celles de l'UEFA ou de la FIFA. Il a révélé avoir personnellement interpellé le président de la commission des arbitres lors d'un comité exécutif pour exiger des explications sur ces perceptions de partialité qui entachent l'image du football africain.

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Le contentieux Sénégal-Maroc : "Je dois suivre la loi, pas mon cœur"

Le moment le plus attendu concernait le titre de champion d'Afrique, réclamé par le Sénégal après les incidents du 18 janvier dernier. Interrogé sur le point de savoir "qui est le véritable champion", Motsepe a livré une réponse de juriste : « Le football est une affaire d'émotion, mais je dois suivre les règlements. »

Il a rappelé avoir remis le trophée et les médailles à Sadio Mané et Kalidou Koulibaly, mais il a précisé que la décision finale appartient désormais au Tribunal Arbitral du Sport (TAS). « Vous pouvez me poser la question cent fois, je vous donnerai cent fois la même réponse : nous respecterons le verdict du TAS, quel qu'il soit. » Pour prouver sa bonne foi, il a cité l'exemple du juge sénégalais Ousmane Kane, nommé à la commission de discipline de la CAF pour sa rigueur et son indépendance, malgré les réticences de certains qui le trouvaient "trop compliqué".

Le drame des supporters : La responsabilité de la CAF engagée

La tension est montée d'un cran lorsque la question des 18 supporters sénégalais détenus au Maroc — qualifiés d'« otages » par la presse locale — a été posée. Patrice Motsepe ne s'est pas défaussé : « Puisque ces arrestations ont eu lieu à l'intérieur du stade lors d'une compétition organisée par la CAF, c'est de notre responsabilité. »

Il a toutefois précisé que ce dossier très sensible est actuellement traité via des "canaux diplomatiques de haut niveau" entre Dakar et Rabat. S'il a refusé de rendre publiques les discussions en cours pour ne pas compromettre les chances de libération, il a assuré au peuple sénégalais que la situation était une priorité absolue pour le leadership de la CAF.

Corruption et Finances : Le passage d'une dette à un héritage

Patrice Motsepe a profité de cette tribune pour faire le procès de la corruption, qu'il a qualifiée de « cancer pire que les maladies ». Répondant à la demande d'une enquête indépendante au sein de la CAF, il a déclaré : « J'encourage toute forme d'investigation, qu'elle vienne d'un gouvernement ou d'une institution. Nous donnerons tout notre support. »

Sur le plan financier, le président a opposé un bilan comptable solide aux critiques. À son arrivée, la CAF accusait une dette de 100 millions de dollars. Aujourd'hui, l'institution redistribue environ 150 millions de dollars par an aux associations membres. Cette manne financière, issue des nouveaux contrats de sponsoring, est destinée au développement des académies, du football féminin et à l'augmentation des primes (prize money).

Droits TV et Accessibilité : Le dilemme économique

Une autre préoccupation majeure des Africains a été soulevée : l'exclusivité des droits TV accordée aux chaînes cryptées au détriment des télévisions nationales. Motsepe a justifié ce choix par la nécessité de financer le football. « Nous avons besoin d'argent pour payer les joueurs et les entraîneurs, et pour investir dans les infrastructures », a-t-il expliqué. Il a toutefois promis de continuer les discussions avec les États et le secteur privé pour trouver un équilibre permettant au plus grand nombre de suivre les matchs sur le continent.

Vers la Coupe du Monde 2026 : L'ambition africaine

En conclusion, Patrice Motsepe a exhorté les 54 nations membres à rester unies malgré les défis actuels. Il a justifié les récents reports de compétitions (CAN féminine, CHAN) par une volonté d'excellence organisationnelle et d'augmentation des revenus pour les athlètes.

Son message final à Dakar a été un appel à la confiance en soi : « Nous devons apprendre à nos jeunes à croire en l'Afrique. Nous pouvons être les meilleurs au monde, mais cela doit se faire dans la transparence, l'intégrité et l'impartialité. » En quittant le Sénégal pour le Maroc, Motsepe a formulé un vœu pour 2026 : voir deux nations africaines s'affronter en finale de la Coupe du Monde. Un rêve qui, pour se réaliser, devra d'abord passer par une paix durable et une justice sportive incontestée sur le continent.

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