Sénégal: Pollution à Kolda - Le fleuve Casamance étouffe sous un linceul de plastique

9 Avril 2026

À Kolda, au coeur du Fouladou, ce qui fut autrefois l'artère vitale de la ville n'est plus qu'une plaie ouverte. Entre les eaux boueuses et les montagnes de polymères, le fleuve Casamance agonise. Plongée dans une catastrophe écologique à ciel ouvert où l'homme, par ses déchets, détruit son propre avenir.

Un lundi du mois de mars 2026. Sous un soleil de plomb, l'illusion ne dure que quelques secondes. De loin, on pourrait croire à des reflets chatoyants sur les berges. En s'approchant, la réalité vous prend à la gorge : une odeur âcre de décomposition, des nuées de mouches qui saturent l'air et, surtout, ce spectacle de désolation. Ici, à Kolda, le fleuve Casamance ne coule plus ; il stagne sous une carapace de déchets plastiques. Sachets multicolores, seaux éventrés, débris industriels et boue putride forment un magma compact. On se croirait dans une extension sauvage de Mbeubeuss (célèbre décharge à ciel ouvert de la banlieue dakaroise), parachutée au milieu du Fouladou.

Le constat est sans appel : avec ses 3 650 km² de bassin versant, ce géant, qui assurait jadis le commerce entre Ziguinchor, Sédhiou et Kolda, est aujourd'hui un colosse aux pieds d'argile, pétrifié par le plastique. « Détruire l'environnement, c'est se tirer une balle dans le pied », lâche Aminata Baldé, une militante écologiste croisée sur la rive, le regard sombre. Pour elle, la lutte n'est plus une option, c'est une mission sacrée.

Un cri du coeur que partage Mouhamadou Soumboudou, figure de proue de la défense de l'environnement à Kolda. « Des tonnes de plastique sont déversées chaque année dans le lit du fleuve. C'est inadmissible ! Du jamais vu ! » s'emporte l'activiste. Entre deux respirations oppressées par la poussière ambiante, il pointe du doigt l'affluent qui fut jadis le miroir de la cité : « Notre combat est titanesque : il faut réapprendre aux populations à respecter ce fleuve avant que la nature ne nous reprenne tout ».

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Une économie de la débrouille sur un volcan écologique

Tout autour de cette agonie aquatique, la vie continue pourtant son cours frénétique. Commerces, gargotes, jardins maraîchers et hôtels s'agglutinent sur des rives qui rétrécissent de jour en jour. Ici, le béton grignote l'eau, et les déchets domestiques, surtout la pollution plastique, terminent leur course là où les filets de pêche devraient être jetés.

Le diagnostic technique est accablant. Si les camions de ramassage existent, l'enclavement de certains quartiers et les inondations hivernales rendent le service caduc. Résultat ? Le fleuve devient la poubelle par défaut. Les chiffres officiels donnent le tournis : 33 % des ménages évacuent leurs ordures directement dans le lit du cours d'eau, tandis que 55 % y déversent leurs eaux usées.

Malgré les coups de pelle héroïques, mais dérisoires, des agents municipaux, la Casamance s'ensable et s'étouffe. Ce qui était un levier d'échange à l'époque coloniale et une ressource halieutique majeure n'est plus qu'un réceptacle de la négligence humaine. À Kolda, le cri d'alarme est lancé : si le plastique continue de dicter sa loi, c'est toute une région qui perdra son âme et son eau. À la saison sèche, le fleuve recule, s'amenuise, laissant apparaître un lit dénudé que les maraîchers s'empressent de coloniser par nécessité. Mais ce répit est un piège.

Dès les premières pluies, la Casamance reprend ses droits avec une violence imprévisible, engloutissant cultures et espoirs. Sous la surface, le drame écologique est tout aussi sombre. Prisonnier des sédiments, le fleuve perd son souffle. L'eau stagne, la faune s'éteint et la flore s'étiole.

Ce qui était un sanctuaire de biodiversité devient un chenal incertain, menaçant l'équilibre même de la commune. À coup sûr, avec une population koldoise estimée à 110. 665 habitants en 2023, selon l'Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd), le fleuve n'est plus seulement une ressource ; c'est un écosystème en sursis qui appelle à un sursaut immédiat.

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