Alors que le nouveau Représentant spécial du Secrétaire général de l'ONU en RDC, James Swan, prend ses fonctions, la question cruciale de la protection des civils cristallise les débats.
Entre appels au renforcement militaire, dénonciation des dérives sécuritaires et besoin d'une vision commune des droits de l'homme, certains acteurs politiques et la société civile ont livré leurs priorités lors de l'émission Dialogue entre Congolais du mercredi 8 avril.
Le mandat de la MONUSCO, axé sur la protection des civils, le soutien à la désescalade et la paix durable, est une nouvelle fois au centre de l'arène publique. Si le diplomate américain James Swan dispose d'une solide expérience, il hérite toutefois d'un dossier complexe où la perception de l'efficacité onusienne varie selon le bord politique.
« Imposer le respect du cessez-le-feu »
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Invité dans l'émission Dialogue entre Congolais, Carly Nzanzu Kasivita, député national élu du territoire de Beni et ancien gouverneur de la province du Nord-Kivu, a affirmé que le rôle logistique de la MONUSCO auprès des humanitaires est indéniable. Cependant, l'élu du Nord-Kivu souligne une faille dans la réactivité face aux escalades récurrentes dans l'Est du pays.
Selon ce cadre de l'Union sacrée de la nation, la protection des civils ne peut être effective sans une posture plus offensive : « Nous souhaiterions que des structures robustes comme la Brigade d'intervention de la force (FIB) soient renforcées », plaide-t-il.
Pour le député, l'enjeu majeur de James Swan sera de passer d'une simple observation à une capacité « d'imposer un cessez-le-feu sur le terrain », aux côtés des FARDC.
La crainte d'une « complaisance » face aux cachots secrets
Du côté de l'opposition, Jean-Baptiste Muhindo Kasekwa, ancien député national et premier vice-président du parti d'opposition Engagement citoyen pour le développement (ECIDE), James Swan devrait plutôt mettre l'accent sur les libertés publiques et la situation carcérale. Jean-Baptiste Muhindo attend du nouveau chef de la MONUSCO « une rupture avec ses prédécesseurs », particulièrement sur la surveillance des centres de détention.
M. Kasekwa s'inquiète de l'existence de « cachots non accessibles » même à Kinshasa : « Jams Swan va-t-il chercher à s'accommoder, à entretenir de bonnes relations avec le pouvoir et garder le silence pendant que les gens sont détenus dans des cachots secrets ? », s'interroge-t-il, appelant le nouveau chef de la MONUSCO à utiliser son influence au Conseil de Sécurité pour hausser le ton face aux atteintes aux droits humains.
Pour une vision universelle des droits de l'homme
Enfin, Frédéric Amani, expert en question de sécurité, défense et de maintien de la paix de l'Institut Thales d'Afrique, basé à Dakar au Sénégal, appelle à dépasser les « clivages partisans ». Pour lui, la protection des civils souffre d'un manque de cohérence entre les différents acteurs : Gouvernement, opposition, rébellion.
Il préconise une approche unanime basée sur le respect strict du droit international : « Cela permettra d'éviter le "double standard" lorsqu'il s'agit de la protection des civils ».
Pour ce chercheur, la réussite de la mission de James Swan dépendra de sa capacité à faire converger ces différentes conceptions vers un socle commun de respect des droits fondamentaux pour tous.