Burkina Faso: Affrontement mortel à Piela en 2022 - Quatre personnes dont un chef kolgweogo condamnées à la prison à vie

Le 8 février 2022, un affrontement armé opposant les partisans de deux chefs coutumiers rivaux à Piela, dans la province de la Gnagna, avait coûté la vie à six personnes.

Les présumés auteurs de ces violences ont comparu lors de la première session des assises criminelles du Tribunal de grande instance (TGI) de Fada N'Gourma, tenue du 16 au 20 mars 2026. La juridiction a rendu son verdict, le 8 avril dernier. Quatre personnes, dont un chef kolgweogo et deux de ses anciens éléments, ont été condamnées à la réclusion criminelle à perpétuité.

Après quatre longues années d'attente, les familles des victimes de l'affrontement mortel survenu le 8 février 2022, à Piela, dans la province de la Gnagna, sont soulagés de « voir enfin la vérité jaillir ». Les présumés auteurs du massacre, ont été jugés, lors de la première session des assises criminelles du Tribunal de grande instance (TGI) de Fada N'Gourma, tenue du 16 au 20 mars 2026.

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Au terme de quatre jours d'audience, la chambre a rendu son verdict, le 8 avril 2026, et prononcé de peines lourdes. Quatre accusés sur quinze ont été reconnus coupables d'assassinat et de coups et blessures volontaires, et condamnés à la prison à vie. Il s'agit de T.Y., chef kolgweogo, de deux de ses anciens éléments et d'un mécanicien. L.Y.D., reconnu coupable également, a écopé de 17 ans d'emprisonnement ferme.

Un mandat d'arrêt a été décerné contre N.L., tandis que des mandats de dépôt ont été délivrés à l'encontre des autres accusés. Par ailleurs, les faits de complicité d'assassinat reprochés à L.D., héritier d'un ancien chef, et à L.R., considéré comme le doyen des instigateurs, ont été requalifiés en incitation à la commission d'assassinat, infraction pour laquelle ils ont été déclarés coupables.

L'action publique a été déclarée éteinte à l'égard de B.L., décédé. En revanche, sept accusés ont été relaxés au bénéfice du doute. Sur le plan pécuniaire, L.D. et L.R., ont été condamnés, chacun, à une amende ferme de 1 500 000 F CFA. Les sept accusés reconnus coupables ont été condamnés solidairement à verser à chaque victime 6 500 000 F CFA pour préjudices subis, ainsi que 500 000 F CFA au titre des frais non compris dans les dépens. Ils devront également payer symboliquement 1 F CFA au chef Labidiero, principal plaignant.

Un conflit, né du bicéphalisme dans le Gulmu

Durant quatre jours d'audience, la chambre criminelle a revisité les origines de cette crise liée au pouvoir traditionnel. Il ressort en fait qu'après le décès du chef Hampani de Piela, le roi Untaanba du Gulmu a désigné Labidiero comme son successeur, conformément aux usages coutumiers, la localité relevant du ressort traditionnel du Gulmu.

Un choix contesté par un groupe de notables et de jeunes, mené notamment par L.D., fils du défunt chef, et par le vieux L.R., lesquels estimaient que Labidiero « n'est pas un fils authentique de Piela ». En réalité, le porte-parole du roi Untaanba, entendu comme témoin, a indiqué que L.D. faisait partie des onze candidats au trône, une version totalement rejetée par l'accusé. Les contestataires se seraient alors tournés vers Hampali, deuxième roi du Gulmu à l'époque, pour qu'il désigne Yentiabri comme chef légitime.

Piela se retrouvait ainsi avec deux chefs rivaux. La tension est montée lorsque le chef Labidiero a entrepris d'accomplir le rituel annuel du tour du marché. Informé, le chef Yentiabri (décédé plus tard) a mobilisé ses partisans pour réaliser le même rituel avant lui. Lorsque le tour du rituel de Labidiero est arrivé, les partisans de Yentiabri s'y sont farouchement opposés, estimant qu'il était interdit à un autre chef de l'accomplir.

Selon le ministère public, des messages hostiles circulaient dans des groupes WhatsApp, appelant à la désobéissance et à la violence. Des réunions secrètes auraient également été tenues pour galvaniser les jeunes. Le 8 février 2022, jour prévu pour le rituel, les accès au marché étaient barricadés dès l'aube, annonçant un climat tendu. Vers 9h, des échauffourées ont éclaté entre partisans, avant que les autorités administratives et policières ne parviennent à calmer les esprits. La police avait ordonné la levée des barricades, et une médiation avait été initiée par la délégation spéciale pour tenter de désamorcer la crise.

Un mardi noir à Piela

Selon le chef Labidiero, les partisans de Yentiabri, le camp rival, avaient feint d'accepter que le rituel se tienne dans l'après-midi. Rassurés, ses propres soutiens étaient ressortis aux environs de 14 heures pour faire le tour du marché. Ils sont alors tombés dans une embuscade tendue par le clan adverse, armé d'armes blanches et d'armes à feu.

Sous les tirs nourris et la panique générale, Piela s'est retrouvée plongée dans la fumée et enveloppée d'un épais brouillard, a relaté le procureur. Le bilan est lourd : cinq morts dans le camp de Labidiero, un mort chez les partisans de Yentiabri, une quarantaine de blessés et d'importants dégâts matériels. Piela venait donc de vivre un mardi noir, malgré les tentatives d'apaisement des autorités policière et administrative d'alors.

Plusieurs victimes qui se sont présentées à la barre, certificats médicaux en main, pour raconter leur mésaventure, portent encore des balles et des éclats métalliques dans le corps. Pour le procureur du Faso près le TGI de Fada N'Gourma, Salam Ouédraogo, ces événements ont profondément ébranlé la conscience collective. « Ces agissements ont provoqué un trouble exceptionnel et durable à l'ordre public, dont les répercussions continuent d'affecter la stabilité sociale et la confiance des citoyens dans les institutions », a-t-il déclaré.

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