L'Alliance des démocrates du Sahel (ADS) a été lancée mardi 7 avril à Bruxelles par des opposants en exil, originaires des trois pays de l'Alliance des États du Sahel : le Mali, le Niger et le Burkina Faso.
L'ADS appelle à la résistance pacifique pour faire chuter les régimes militaires de l'AES, issus de coups d'État et qui se maintiennent au pouvoir sans élections. Avant cela, diverses plateformes ont été créées par des personnalités politiques ou de la société civile également exilées. On peut citer la Coalition des forces pour la République (CFR), portée par l'imam Mahmoud Dicko, qui milite pour le départ des militaires au pouvoir au Mali.
Ces initiatives représentent-elles une menace pour les dirigeants des pays de l'AES ? Leurs revendications correspondent-elles aux attentes des populations ? Deux chercheurs maliens aux analyses diamétralement opposées partagent leurs réflexions.
Le dernier mouvement lancé par des opposants en exil s'appelle ADS, Alliance des démocrates du Sahel, par symétrie et par opposition à l'AES, l'Alliance des États du Sahel. Cette plateforme d'opposants maliens, nigériens et burkinabè prône la « lutte pacifique » pour « rompre avec la militarisation de l'État » et pour « le retour des libertés fondamentales ».
Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres
Un programme similaire à celui de la Coalition des forces pour la République (CFR), mouvement d'exilés maliens dont la figure de proue est l'imam Dicko, ancien président du Haut conseil islamique du Mali, qui appelle à la « désobéissance civile » et ambitionne de lancer un dialogue avec toutes les organisations politiques, de la société civile et avec les groupes armés maliens - groupes rebelles indépendantistes et groupes jihadistes nationaux.
Déconnexion
Ahmadou Touré est le directeur, à Bamako, du Centre de recherche en gouvernance, médiation et sécurité au Sahel. À ses yeux, ces mouvements lancés par des opposants qui ont fui leur pays manquent de légitimité.
« Ces initiatives ne représentent que leurs promoteurs eux-mêmes, elles manquent cruellement de fondement national, estime le chercheur. Ce sont des organisations qui sont essentiellement portées par des personnes qui vivent hors du Mali, loin des réalités vécues au quotidien par les populations. Comment prétendre parler au nom du peuple quand on est déconnecté de ses souffrances, de ses espoirs et surtout de ses priorités immédiates ? Aujourd'hui, pour le peuple malien, les attentes sont claires : notamment la sécurité, la souveraineté retrouvée, la reconstruction de l'État, le développement, affirme encore le chercheur, citant les priorités affichées par les autorités maliennes de transition. Or ces initiatives ne proposent aucune solution concrète. Au contraire, elles sont animées par une logique de contestation, sans ancrage populaire mesurable sur le terrain. »
Porte-voix
L'analyse d'Oumar Berté, avocat et politologue malien, chercheur associé à l'université de Rouen, est diamétralement opposée. Expansion des groupes jihadistes, coupures d'électricité généralisées, difficultés d'approvisionnement en carburant, crise économique : Oumar Berté estime que les sujets de mécontentement sont nombreux et partagés par une grande partie de la population, dont les mouvements d'opposants en exil sont des relais nécessaires.
« Ces personnes constituent les porte-voix de ceux qui sont à l'intérieur du pays et qui sont dans l'incapacité de prendre la parole, affirme Oumar Berté, au risque d'avoir affaire à la justice ou même de faire l'objet d'un enlèvement par les services de renseignement. Les voix en exil sont celles qui échappent à la répression. Dans le pays, les gens sont contraints à la résignation parce qu'ils n'ont pas la possibilité de contester de quelque manière que ce soit. »
Menace limitée
Pour autant, et en raison justement du risque de répression, la marge de manoeuvre de ces mouvements d'opposition et leur capacité à menacer les régimes en place demeurent limitées. Dans le contexte actuel, leurs appels à la mobilisation pacifique ou à la désobéissance civile peuvent difficilement être suivis par les populations.
« Il y a un verrouillage qui, aujourd'hui, atteint un seuil jamais égalé, explique Oumar Berté. Il sera difficile pour ces organisations qui tentent de s'organiser hors du pays d'obtenir le retrait des militaires du pouvoir. Que cela puisse aboutir à une révolte contre leur gouvernance, aujourd'hui c'est impossible. Jusque-là, la stratégie de la peur fonctionne. »