La Caisse de Sécurité Sociale (Css) a organisé en ce début de mois un atelier de formation au profit des professionnels des médias. Cette initiative, qui s'inscrit dans le programme national de Sécurité et Santé au Travail 2023-2027, vise à instaurer une véritable culture de la prévention au sein des rédactions sénégalaises avec les récents décès marquants dans le secteur de la presse.
Stress chronique, maladies professionnelles, accidents... ces risques liés au travail touchent les professionnels des médias. A l'occasion de l'atelier de formation de 48 heures organisé les 1er et 2 avril derniers par la Caisse de sécurité sociale sur la sécurité et la santé au travail (Sst), à Dakar, inspecteurs du travail, professionnels de la sécurité sociale et journalistes ont tiré la sonnette d'alarme sur une réalité encore peu prise en compte dans l'écosystème des médias.
Pour le contrôleur en sécurité et santé au travail, Walty Ndiaye, le travail, pilier du développement économique et social, n'est jamais exempt de risques. « Selon l'Organisation internationale du travail (Oit), près de trois millions de personnes meurent chaque année dans le monde des suites d'accidents ou de maladies liés à leur activité professionnelle, tandis que plus de 200 millions de blessés sont recensés », rappelle-t-il. Il précise qu'au Sénégal : « on enregistre 1300 et 975 accidents du travail et maladies professionnelles déclarés respectivement en 2023 et 2024 ».
1300 accidents de travail enregistrés au Sénégal
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Des statistiques qui intéressent bien évidemment le secteur des médias. « Toute activité professionnelle comporte des risques, et les entreprises de presse ne font pas exception », a rappelé Mouhamadou Lamine Mané, chef de la division de la formation de l'expertise et de la promotion de la Sécurité-Santé au travail.
A l'en croire qui parle d'entreprise, parle de risque professionnel. Pour les journalistes, ce risque découle des contraintes environnementales, de la pression des délais, de l'exposition permanente aux informations, etc. Mais au cœur de ces risques figure notamment le stress professionnel. Pour Cheikh Makébé Sylla, le directeur de la prévention des risques professionnels, dans le milieu des médias où l'urgence est permanente et où la charge de travail est souvent élevée, « ce stress tend à s'accumuler, avec des conséquences parfois lourdes sur la santé physique et mentale ». « Avec les mauvaises postures prolongées devant les écrans, la fatigue oculaire peut survenir. A cela s'ajoutent les troubles musculo-squelettiques, des maladies cardiovasculaires… », alerte-t-il. Des situations liées à l'ignorance ou à des pratiques inconscientes. « On s'assoit mal, sans s'en rendre compte, et à la longue apparaissent douleurs et courbatures », explique Mor Talla Gaye, responsable de la communication de la Css.
Décès de journalistes
Mais, les récents décès de professionnels des médias ont ravivé les inquiétudes, posant la question des conditions d'exercice du métier et de la faiblesse des mécanismes de prévention. Mouhamadou Lamine Mané dénonce notamment l'absence de politique sociale dans les médias, le manque d'assistance et d'équipements de sécurité, ainsi que des horaires de travail excessifs. Des pratiques pernicieuses, comme la « mise au frigo », aux conséquences néfastes sur le mental, ont également été pointées. Face à ces constats, Cheikh Amalla Sy juge impératif de rompre avec la banalisation des risques dans le secteur. « Pression psychologique, rythme intense, risques physiques et exposition aux violences ne doivent pas être acceptés comme une fatalité », a-t-il insisté, appelant à une responsabilisation de tous les acteurs.