L'essence se raréfie dans les stations-service. Une situation qui désorganise le quotidien de la population.
La pénurie de carburant continue de peser lourdement sur la vie quotidienne. Les stations-service restent prises d'assaut par les usagers, tandis que plusieurs points de distribution demeurent à court d'essence. Cette situation provoque d'importantes perturbations dans la vie de la population.
« J'ai raté un rendez-vous professionnel. J'y suis allé en moto pour éviter les embouteillages à Anosy, avec les déviations actuellement en place dans ce quartier, mais j'ai été pris de court par la pénurie d'essence dans plusieurs stations et par une longue file d'attente, où j'ai été retenu au moins trente minutes », témoigne Florian Ramiliarison.
Cette pénurie affecte également l'activité des transporteurs. Certains taxis réduisent leurs courses. « Nous avons perdu des clients et de l'argent à force de faire le tour des stations et de patienter interminablement. Le temps, c'est de l'argent », se désole Olivier Rajoelison, chauffeur de taxi-ville, hier.
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Les retards s'accumulent également dans les milieux professionnels. « J'ai été pénalisé à cause de mes vingt minutes de retard au bureau aujourd'hui, perdues à faire la queue dans une station-service », raconte Lucien José. Dans les stations-service, les tensions sont palpables. Le moindre incident suffit à provoquer des altercations entre usagers dans les files d'attente.
À Ambatondrazaka, la situation apparaît plus critique encore. L'approvisionnement en essence y est strictement limité. « Il a été décidé entre les autorités et les gérants des stations-service que l'achat de carburant est plafonné à 6 000 ariary pour une moto ou un bajaj, et à 20 000 ariary pour une automobile », a déclaré hier le maire de la commune urbaine d'Ambatondrazaka, Fanantenana Ratafita. D'autres mesures ont été prises par arrêté communal. Toutes les stations-service opérant dans cette commune sont tenues de vendre le carburant uniquement dans les réservoirs des véhicules : motos, bajaj et kubota.
Les clients venant de zones éloignées des stations-service et exerçant des activités agricoles de subsistance peuvent toutefois être autorisés à acheter du carburant en dehors des réservoirs, à condition de présenter un certificat de résidence, une autorisation délivrée par leur commune d'origine, ainsi que leur carte fiscale attestant de leur activité agricole.
« Cette décision a été prise car le carburant est insuffisant. D'ici quatre jours, le stock pourrait s'épuiser », indique une source à Ambatondrazaka.
Forte demande
Dans d'autres villes, comme Fianarantsoa et Toamasina, plusieurs stations-service sont également à sec. Le gasoil ne connaît pas les mêmes difficultés d'approvisionnement. Le Groupement pétrolier de Madagascar (GPM) a indiqué hier que le stock disponible permettrait de couvrir environ vingt jours de consommation. Il fait néanmoins l'objet d'une forte demande. « Tout le monde est déjà informé du problème mondial du carburant. La communication autour de l'état d'urgence énergétique n'a fait que confirmer l'existence d'une crise. Et, par réflexe, la population s'est mise à stocker, craignant une aggravation de la situation dans les prochains jours », explique le sociologue Lanto Ratsida, pour éclairer le comportement observé dans les stations-service.
Le colonel Michaël Randrianirina, chef de l'État, a apporté des précisions sur les mesures adoptées.
« Nous commençons à faire face à quelques difficultés, notamment en matière de carburant et parfois d'électricité. C'est dans ce contexte que cet état d'urgence énergétique a été décidé, afin de mieux encadrer le prix du carburant et d'assurer une meilleure organisation de l'approvisionnement, dans le but d'éviter toute situation de désordre. D'ici trois ou quatre jours, un nouveau navire est attendu pour ravitailler les stocks », a-t-il expliqué hier.
Le GPM a tenu à rassurer les acteurs économiques comme le grand public, affirmant que l'approvisionnement du pays en produits pétroliers se poursuit. Il souligne que ces perturbations sont limitées et temporaires, et qu'elles n'affectent pas la sécurité globale de l'approvisionnement.
Le groupement annonce par ailleurs plusieurs livraisons prévues jusqu'à la fin du mois de mai. Un premier navire est attendu le 13 avril avec 64 500 tonnes métriques de carburant, dont 19 000 m³ d'essence. Un second devrait arriver le 5 mai avec un volume équivalent, comprenant
22 000 m³ d'essence. Enfin, un troisième navire est annoncé pour le 31 mai, avec 19 000 m³ d'essence. Ces arrivages permettraient de reconstituer entièrement les stocks de supercarburant et de garantir une distribution régulière sur l'ensemble du territoire. Le président de la Refondation de la République a souligné qu'après l'arrivée des prochaines cargaisons, des mesures pourraient être prises afin d'éviter la répétition de telles pénuries.