Le géopolitologue français Pascal Boniface a vivement dénoncé, jeudi à Dakar, les interventions militaires menées au nom de la promotion de la démocratie, estimant que « prôner la démocratie par la force est un leurre ».
S'exprimant lors d'une conférence organisée au Musée des Civilisations noires, en présence du Premier ministre Ousmane Sonko, il a soutenu que la démocratie ne peut être imposée de l'extérieur. « La démocratie n'est ni un produit d'exportation ni d'importation. Elle est un processus strictement national, propre à chaque peuple », a-t-il affirmé. Selon Pascal Boniface, les interventions extérieures dissimulent souvent des logiques de domination. « Prôner la démocratie par la force est un piège qui masque des volontés d'asservissement », a-t-il insisté, assimilant ces pratiques à une résurgence de la « mission civilisatrice ».
Des échecs lourds de conséquences
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Le fondateur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) a appuyé son analyse sur les conflits récents, évoquant les « échecs flagrants » des interventions en Afghanistan (2001-2021), marquées par des dépenses estimées à 2 000 milliards de dollars sans empêcher le retour des talibans au pouvoir. Il est également revenu sur la guerre en Irak en 2003, qu'il qualifie de « parfaitement illégale », estimant qu'elle a contribué à alimenter le terrorisme et à accentuer les tensions entre l'Occident et le monde musulman.
Abordant la politique étrangère américaine, il a cité le cas de Donald Trump, dont le slogan « Make America Great Again » traduirait, selon lui, « l'aveu d'une perte de puissance ». « S'appuyer sur la contrainte économique ou militaire sans agenda politique cohérent mène à l'impasse », a-t-il analysé.
Plaidoyer pour le respect des souverainetés
Pour Pascal Boniface, le respect de la souveraineté constitue le principal rempart contre les conflits. Il a plaidé pour des relations internationales fondées sur l'égalité entre les nations, loin de toute logique d'imposition. Évoquant le Sénégal, il a salué la volonté des autorités de revendiquer une souveraineté plus affirmée, estimant qu'une telle posture pourrait favoriser des relations « plus équilibrées et plus harmonieuses » avec les partenaires traditionnels.
La conférence s'inscrivait dans le cadre de la présentation de l'ouvrage « Les Maîtres du monde : Fédérer, gouverner, soumettre », publié en octobre 2025 sous la direction de Pascal Boniface, qui dresse le portrait de plusieurs personnalités influentes, dont Ousmane Sonko.