Tunisie: La fusion entre la CNSS et la CNRPS est-elle la solution à la crise ?

10 Avril 2026

Un large consensus se dessine autour de la nécessité d'engager des réformes profondes du système de sécurité sociale en Tunisie. Experts et députés s'accordent désormais sur le diagnostic de la crise qui affecte les principales caisses sociales, ouvrant la voie à une réflexion orientée vers des solutions concrètes et durables.

Intervenant jeudi 9 avril 2026 sur Express Fm, l'ancien ministre de l'Emploi et spécialiste de la protection sociale, Hafedh Ammouri, a souligné que ce consensus marque un tournant dans le traitement du dossier. Selon lui, les débats parlementaires récents, consacrés à l'audition d'experts, ont permis de dépasser les divergences sur les causes de la crise pour se concentrer sur les pistes de réforme.

Au coeur du problème figure un déficit structurel lié principalement au poids des pensions, qui représentent plus de 95 % des dépenses des caisses sociales. Cette situation rend toute réforme inévitablement dépendante d'une révision en profondeur du système de retraite. Les difficultés concernent notamment la Caisse nationale de sécurité sociale et la Caisse nationale de retraite et de prévoyance sociale, confrontées à des déséquilibres financiers persistants.

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Parmi les solutions évoquées, la fusion des caisses de retraite en une structure unifiée chargée de la gestion des pensions apparaît comme une option sérieuse. Une telle mesure permettrait, selon Hafedh Ammouri, d'améliorer la gouvernance et de rationaliser les dépenses. Toutefois, il insiste sur la nécessité d'accompagner cette démarche d'un rapprochement progressif entre les régimes du secteur public et du secteur privé, afin de réduire les disparités existantes.

Ces écarts restent en effet significatifs, tant au niveau du calcul des pensions que de leur revalorisation. Dans le secteur public, les pensions sont généralement calculées sur la base du dernier ou du meilleur salaire, alors que dans le secteur privé, elles reposent sur des indicateurs tels que le salaire minimum garanti. Ce mode de calcul engendre une différence notable de revenus après la retraite. De plus, les retraités du public bénéficient des augmentations salariales accordées aux agents en activité, contrairement à leurs homologues du privé, dont les pensions évoluent plus lentement.

Face à cette situation, l'ancien ministre plaide pour une réforme globale intégrant plusieurs dimensions, notamment le financement, la gouvernance et les mécanismes de calcul. Il met en garde contre les solutions ponctuelles, telles que le relèvement de l'âge de départ à la retraite, qui ne sauraient à elles seules garantir la pérennité du système.

Dans cette optique, il appelle à diversifier les sources de financement, en introduisant des taxes parafiscales sur certains produits et secteurs à forte incidence sanitaire, comme le tabac, les boissons alcoolisées ou encore les industries polluantes. Parallèlement, il souligne l'urgence d'améliorer le recouvrement des cotisations impayées, évoquant l'ampleur de l'évasion sociale et la nécessité de renforcer les mécanismes de contrôle, voire de créer une structure dédiée à cette mission.

Finalement et non moins important, Hafedh Ammouri alerte sur les défis démographiques croissants, notamment le vieillissement de la population et la baisse des taux de natalité. Ces tendances devraient accentuer la pression sur les caisses sociales dans les années à venir, rendant indispensable l'accélération des réformes structurelles.

Dans ce contexte, la mise en oeuvre de mesures graduelles, respectueuses des équilibres sociaux et des droits acquis, apparaît comme une condition essentielle pour garantir la viabilité du système et préserver son rôle de filet de sécurité pour les générations futures.

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