Cameroun: Trafic d'ossements - Deux suspects arrêtés à Baham avec des restes humains à 20 millions

20 millions de francs CFA pour des os : le trafic de restes humains rattrapé par la gendarmerie

Vingt millions de francs CFA. C'est le prix auquel deux individus tentaient de vendre des ossements humains sur le marché noir au Cameroun. Interpellés à Baham après une opération à Bangou, ils illustrent une filière criminelle encore largement méconnue du grand public.

Bangou, 27 février : une opération coup de poing démantèle un réseau

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Le 27 février 2025, la Compagnie de Gendarmerie de Baham mène une opération coup de poing à Bangou, dans la région de l'Ouest Cameroun. Deux individus sont interpellés. Ils transportaient des restes humains des ossements appartenant à un individu de sexe masculin prélevés sur une tombe profanée. Leur destination : le marché noir des ossements humains, où la transaction était estimée à environ 20 millions de francs CFA.

L'opération est conduite sous le commandement du Chef d'Escadron MEBOUINZ Daniel Fritz, commandant de la Compagnie de Gendarmerie de Baham. Les deux présumés coupables sont placés en garde à vue. L'enquête judiciaire est en cours pour établir les contours exacts du réseau auquel ils appartiennent.

Pourquoi le trafic d'ossements prospère : des croyances et une demande structurée

Le trafic de restes humains en Afrique centrale s'alimente d'une demande liée aux pratiques ésotériques et à certaines croyances traditionnelles dans lesquelles des parties du corps humain sont réputées détenir des pouvoirs. Cette demande génère un marché parallèle dont les prix varient selon la nature des restes et leur supposée provenance.

Au Cameroun comme dans d'autres pays de la sous-région, les ossements humains sont recherchés par des pratiquants de rituels occultes, des guérisseurs non conventionnels ou des intermédiaires qui les revendent à des clients disposant d'un fort pouvoir d'achat. Le montant de 20 millions de francs CFA soit environ 30 000 euros témoigne de la valeur marchande attribuée à ces restes sur ce marché illégal.

La profanation de tombe constitue le point d'entrée le plus courant dans cette chaîne criminelle. Elle nécessite une connaissance du terrain, un accès aux cimetières et une capacité à agir discrètement, souvent de nuit.

Comment fonctionne ce marché illicite : de la tombe au revendeur

Le marché noir des ossements humains au Cameroun fonctionne selon une logique de filière. Un premier maillon identifie les sépultures accessibles et procède à l'exhumation clandestine. Un deuxième maillon assure le transport discret des restes. Un troisième, le plus solvable, constitue l'acheteur final souvent protégé par plusieurs intermédiaires.

Dans le cas de Bangou, les deux suspects interpellés occupaient vraisemblablement les deux premiers échelons de cette chaîne. Ils étaient en transit, restes en leur possession, en direction d'un acheteur non encore identifié. L'opération de gendarmerie a neutralisé le transport sans nécessairement remonter jusqu'au commanditaire. C'est précisément ce maillon supérieur que l'enquête judiciaire devra chercher à atteindre pour démanteler le réseau dans son ensemble.

La gendarmerie camerounaise dispose de procédures spécifiques pour ce type d'affaire, classé sous les infractions relatives à la violation de sépulture, à la détention illégale de restes humains et au trafic de matières organiques à des fins rituelles.

Entre répression judiciaire et prévention culturelle

Cette arrestation pourrait déboucher sur des poursuites judiciaires exemplaires si le parquet décide d'en faire un dossier visible. La condamnation publique de trafiquants d'ossements humains a un effet dissuasif sur les filières similaires dans la même zone géographique.

À moyen terme, la lutte contre le trafic de restes humains au Cameroun nécessite une double approche. D'un côté, le renforcement des capacités d'investigation de la gendarmerie pour remonter les filières jusqu'aux commanditaires. De l'autre, un travail de sensibilisation communautaire sur la protection des sépultures et la dénonciation de ces pratiques. Sans action sur la demande les acheteurs finaux les arrestations de transporteurs restent insuffisantes pour éradiquer le phénomène.

La tombe profanée, symptôme d'un trafic qui attend sa réponse systémique

La famille de la victime dont les restes ont été dérobés n'a pas encore été mentionnée dans les communications officielles. Derrière les chiffres 20 millions, deux suspects, une opération il y a une sépulture violée et une douleur privée. La question qui reste ouverte est celle-ci : la justice camerounaise parviendra-t-elle à remonter jusqu'aux commanditaires de ce trafic, ou l'affaire s'arrêtera-t-elle aux deux maillons les plus exposés de la chaîne ?

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