Ile Maurice: Les syndicats réclament des actions concrètes et une véritable concertation

Une session de travail consacrée à la Vision 2050 s'est tenue le lundi 6 avril à Ébène, réunissant plusieurs organisations syndicales autour de la ministre des Services financiers, Jyoti Jeetun. Cette rencontre s'est inscrit dans une série de consultations visant à définir les grandes orientations du pays pour les décennies à venir. Les échanges ont porté sur six thématiques majeures : l'éducation et l'emploi, la crise énergétique, le vieillissement démographique, la sécurité publique, le logement et le transport ainsi que le manque de main-d'oeuvre.

Si les syndicats ont salué l'initiative, ils ont toutefois insisté sur la nécessité d'aller au-delà des discussions pour aboutir à des mesures concrètes. Reeaz Chuttoo, président de la Confédération des travailleurs des secteurs privé et public, a mis en garde contre un déséquilibre entre capital et emploi. Selon lui, une domination du capital pourrait entraîner des abus et une instabilité sociale. Il s'est également inquiété de certaines propositions liées aux travailleurs migrants, évoquant la possibilité, dans certains secteurs, d'une présence majoritaire, voire totale, de main-d'oeuvre étrangère.

Une telle situation pourrait, selon lui, fragiliser les mécanismes de négociation collective, notamment en raison de contrats à long terme qui limiteraient les discussions entre employeurs et employés. Il a aussi souligné que les travailleurs étrangers sont peu syndiqués, ce qui pourrait affaiblir durablement le mouvement syndical.

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Autre point d'attention : la précarité dans certains secteurs, notamment les services, où les femmes sont nombreuses. Reeaz Chuttoo a évoqué un risque de «féminisation de la précarité» avec des emplois moins stables et moins protégés. Il a également abordé la question du vieillissement de la population, estimant que les réformes liées à l'âge de la retraite soulèvent des inquiétudes. «Si la tendance se poursuit, l'âge de la pension pourrait encore augmenter», a-t-il indiqué, appelant à une réflexion approfondie sur la soutenabilité du système. Enfin, il a regretté un manque d'interaction lors de ces consultations. «Les syndicats sont écoutés, mais les décisions semblent prises ailleurs», a-t-il déploré.

Une vision à long terme, mais des attentes immédiates

Narendranath Gopee, président de la National Trade Unions Confederation, a exprimé des réserves quant à l'horizon de la Vision 2050, jugé trop éloigné. Selon lui, il est essentiel de définir également des objectifs à court et moyen termes. Il s'est interrogé sur l'absence de continuité avec des initiatives passées, comme la Vision 2030, et a insisté sur la nécessité d'un plan d'action structuré, avec des échéances claires. «Une vision doit pouvoir se traduire en actions concrètes», a-t-il affirmé. Il a également plaidé pour davantage de consultations et de forums afin d'approfondir les discussions.

Pour lui, certains enjeux majeurs n'ont pas été suffisamment abordés, notamment l'intelligence artificielle, qui aura un impact direct sur l'emploi et l'économie. Narendranath Gopee a par ailleurs insisté sur l'importance d'anticiper les crises, qu'elles soient sanitaires, économiques ou alimentaires. «La sécurité alimentaire doit être une priorité permanente, et non une réponse à des situations d'urgence», a-t-il souligné.

Pour une vision inclusive et concertée

De son côté, Clency Bibi, président de la General Workers Federation, a appelé à une démarche plus inclusive. Il estime que les consultations devraient être élargies aux partis extra-parlementaires et à l'opposition afin de dégager un consensus national. «Il s'agit d'une vision pour l'ensemble du pays. Il faut s'accorder sur le modèle de développement que nous voulons», a-t-il déclaré.

Parmi les priorités évoquées figurent la sécurité énergétique et la gestion des terres, notamment pour renforcer la sécurité alimentaire. Il a souligné l'importance de définir clairement l'utilisation des terres entre agriculture et développement immobilier.

Clency Bibi a également évoqué la nécessité de renforcer la méritocratie et d'adapter le système éducatif aux besoins du marché du travail. Il a plaidé pour une meilleure valorisation des métiers techniques, afin d'offrir aux jeunes des perspectives diversifiées. Comme d'autres intervenants, il s'est inquiété de l'impact de la main-d'oeuvre étrangère sur le mouvement syndical, soulignant le faible taux de syndicalisation parmi ces travailleurs.

À l'issue de la rencontre, la ministre Jyoti Jeetun a réaffirmé la volonté du gouvernement de bâtir une économie durable, inclusive et résiliente à l'horizon 2050. Elle a souligné que cette démarche repose sur une approche participative, impliquant syndicats, secteur privé et société civile.

Une nouvelle phase de consultations est attendue afin d'affiner les propositions. Les syndicats, pour leur part, espèrent que ces échanges déboucheront rapidement sur des actions concrètes, capables de répondre aux défis actuels tout en préparant l'avenir.

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