À l'Assemblée nationale, mardi dernier, dans le cadre de la Private Notice Question du leader de l'opposition, Joe Lesjongard, au Premier ministre Navin Ramgoolam, une question centrale a émergé : la State Trading Corporation (STC) dispose-t-elle des capacités financières nécessaires pour faire face à la hausse brutale des importations pétrolières en dollars ?
Selon les données évoquées, la STC doit financer l'achat de trois cargaisons de Mogas et de diesel, représentant un montant total d'environ 90 millions USD pour la période de mars-avril. Dans l'hypothèse où le conflit géopolitique persisterait jusqu'en juin, trois cargaisons supplémentaires seraient nécessaires, portant la facture globale à 180 millions USD, soit près de Rs 8,4 milliards au taux de change actuel du billet vert.
La question soulevée par le leader de l'opposition est directe : le gouvernement a-t-il évalué l'impact de ces paiements en dollars sur les réserves en devises du pays ? Une inquiétude d'autant plus légitime que certaines banques commerciales font déjà face à des tensions en matière de liquidités en devises étrangères, peinant à répondre pleinement aux besoins des opérateurs économiques. Au-delà du financement immédiat, une autre interrogation stratégique se pose : ces sorties massives de devises risquent-elles d'affecter la couverture du pays en importations, indicateur clé de la stabilité macroéconomique ?
Du côté de la STC, le discours se veut apaisant. L'organisme affirme avoir anticipé différents scénarios et disposer de plusieurs leviers financiers. Elle met en avant des réserves de Rs 3,5 milliards, dont une part significative en USD ; la possibilité de recourir à des opérations de swap de devises avec les banques, y compris la Banque de Maurice ; et ainsi l'accès à des facilités de crédit auprès d'une quinzaine de banques commerciales. De plus , la STC souligne sa solvabilité reconnue, en tant qu'entreprise d'État, lui permettant d'obtenir assez facilement des lignes de crédit en dollars en cas d'urgence.
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La donne a toutefois radicalement changé. Avant le conflit au Moyen-Orient, une cargaison de pétrole coûtait environ 27 millions USD. Aujourd'hui, la facture atteint 52 millions, quasiment le double. Cette hausse s'explique non seulement par le prix du brut, mais aussi par l'augmentation du coût du fret, la montée des primes de risque et les perturbations persistantes des chaînes d'approvisionnement mondiales, laisse-t-on entendre à la STC.
Une désescalade géopolitique pourrait toutefois changer la donne. Si un cessez-le-feu durable venait à s'imposer et que les négociations aboutissaient, notamment dans celles devant se tenir au Pakistan à partir de la semaine prochaine, le prix du baril pourrait emprunter une courbe descendante, sous la barre des 75 USD, selon certains spécialistes. Un tel scénario allégerait mécaniquement la facture des importations pétrolières, la pression sur les réserves en devises et les besoins de financement externe.
En définitive, si la STC affiche une certaine capacité d'adaptation à court terme, la situation met en lumière une réalité plus structurelle : la forte dépendance de Maurice aux importations énergétiques en devises étrangères. Dans ce contexte de volatilité géopolitique et de contraintes sur les réserves en dollars, la question dépasse désormais le simple financement des cargaisons.
Elle renvoie à un enjeu plus large : la soutenabilité du modèle énergétique et la gestion stratégique des réserves extérieures du pays. La décision d'engager des projets visant à produire 405 MW d'énergie renouvelable d'ici deux à trois prochaines années et de porter la part de celle-ci dans le mix énergétique à 60 % en 2035 s'inscrivent dans cette démarche.