Ile Maurice: Les trafiquants maîtrisent les failles en mer

Après une série de vols de moteurs de bateaux dans plusieurs régions côtières, les enquêteurs de la DCIU du Nord ont mis au jour un réseau structuré opérant depuis l'Ouest, soupçonné d'utiliser ces équipements pour des expéditions clandestines en mer liées au trafic de cannabis - provenant de La Réunion et Madagascar - et particulièrement prisé sur le marché mauricien.

Ce qui apparaissait initialement comme de simples vols de moteurs hors-bord prend désormais une toute autre dimension, avec des ramifications vers un système organisé, logistique et maritime, conçu pour contourner les contrôles et exploiter les failles du dispositif de surveillance en mer. L'arrestation de Pierre Stellio Victor, 53 ans et habitant de Cité Richelieu, aura permis aux enquêteurs de remonter jusqu'à son présumé complice Julio Jean Michel La Joie, un habitant de la localité soupçonné d'être impliqué dans l'entreposage des moteurs volés.

Des perquisitions dans un garage à bateaux ont permis la saisie de plusieurs moteurs horsbord, renforçant la thèse d'un réseau spécialisé dans leur vol et réutilisation pour des opérations en mer. Les enquêteurs soupçonnent que ces moteurs étaient installés sur des embarcations destinées à des traversées rapides, permettant des trajets clandestins hors des eaux territoriales. L'enquête de la DCIU met en lumière une méthode bien rodée. Les suspects ciblaient principalement des moteurs puissants, parfois montés sur des bateaux appartenant à des particuliers.

Bruneau Laurette, activiste et récemment nommé Directeur des opérations de sécurité maritime pour l'Afrique, une organisation internationale spécialisée dans les systèmes de contrôle tactique et de défense, active en Europe, au MoyenOrient, en Asie et en Afrique, explique qu'une fois récupérés, ces moteurs étaient installés sur des embarcations déjà disponibles afin d'en améliorer la performance.

Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres

L'objectif serait de disposer de bateaux rapides, capables d'effectuer des traversées de longue distance, notamment vers La Réunion ou certaines zones isolées en mer, comme les bancs de pêche près de Saya de Malha. L'utilisation de moteurs puissants, parfois supérieurs à 140cv, permettrait d'augmenter la vitesse, réduire le temps de navigation et limiter les risques d'interception.

L'expert maritime explique également que les trafiquants privilégient des bateaux volés ou modifiés pour éviter toute traçabilité. En effet, lorsqu'un bateau appartient à un particulier ou une compagnie, il peut être équipé d'un GPS ou d'un système permettant de retracer ses déplacements. Pour contourner ce risque, les trafiquants utiliseraient des embarcations discrètes, souvent de petite taille, difficilement repérables par les radars. Ces bateaux seraient utilisés pour aller récupérer des cargaisons de cannabis en mer, notamment en provenance de Madagascar, réputé pour la qualité de certaines variétés très recherchées sur le marché local.

Zones discrètes

Selon lui , la demande pour le cannabis reste élevée à Maurice. Le cannabis local se vendrait à des prix importants, tandis que celui de Madagascar et de la Réunion, moins cher à l'achat, serait écoulé rapidement sur le marché parallèle à un prix élevé qui défraie le nombre à la revente. Cette différence de prix inciterait les trafiquants à organiser des expéditions maritimes clandestines pour alimenter la demande. Les réseaux profiteraient ainsi d'un commerce très lucratif, où les gains potentiels dépassent largement les coûts liés à l'acquisition d'un bateau et de moteurs volés.

Bruneau Laurette soupçonne également les itinéraires supposés de ces réseaux. Certains départs seraient effectués depuis des zones discrètes de la côte ouest, notamment dans des endroits peu fréquentés près de lieux privés comme une marina, permettant de prendre la mer sans attirer l'attention.

Les trafiquants choisiraient des horaires stratégiques, profitant de périodes jugées moins surveillées. Les embarcations de petite taille, souvent inférieures à deux mètres, ne seraient pas équipées de systèmes AIS, ce qui les rendrait difficilement détectables par les dispositifs de surveillance classiques. Cette absence de signalement électronique compliquerait davantage le travail des autorités.

L'activiste ajoute qu'il s'intéresse aussi aux failles possibles dans le dispositif de surveillance maritime. Les trafiquants connaîtraient les rotations et périodes de relève des gardecôtes - de 23 h à 1 h ; 6 h à 8 h ou 15 h à 17 h. Entre-temps, le garde-côte attend sa relève au poste, ce qui leur permettrait de planifier leurs sorties en mer. Ils profiteraient ainsi de fenêtres de temps limitées pour quitter la côte, récupérer la cargaison et revenir rapidement avant toute intervention. Ces méthodes témoignent d'une organisation minutieuse et d'une connaissance approfondie du terrain et des habitudes opérationnelles.

Pour les enquêteurs, ces vols de moteurs ne seraient donc pas des actes isolés, mais bien une stratégie visant à alimenter un réseau maritime clandestin. Les équipements volés deviennent ainsi des outils logistiques essentiels pour des opérations de trafic à grande échelle.

L'utilisation de moteurs puissants, bateaux discrets et itinéraires soigneusement planifiés démontre une volonté claire de contourner les contrôles et d'assurer la réussite des expéditions. L'enquête se poursuit afin d'identifier d'éventuels complices, retracer les circuits logistiques et déterminer l'étendue du réseau. Les autorités n'excluent pas d'autres arrestations, alors que la DCIU du Nord continue d'exploiter les informations recueillies.

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.