Beaucoup de monde, hier, au Palais des Sports où le chanteur populaire Erick Manana a donné un concert dont les recettes seront versées pour venir en aide à l'humoriste Honorat, du groupe Fou Hehy. Ce dernier souffre d'une menace de rupture d'anévrisme et doit subir une opération chirurgicale à l'étranger. Une cagnotte a d'ailleurs été ouverte pour ceux qui veulent y contribuer.
Le geste d'Erick Manana est absolument méritoire, de même que la réponse du public. À l'image de son binôme Éric, victime d'une insuffisance rénale, qui a été évacué en Inde pour subir une greffe grâce au soutien de l'État, Honorat peut compter sur sa célébrité pour toucher la fibre sensible de l'opinion, ainsi que sur la générosité de ses fans. Gageons qu'il pourra se tirer d'affaire. Beaucoup d'autres artistes, plus ou moins connus, n'ont pas eu cette chance. Cela montre que le métier d'artiste est loin de nourrir son homme. Quand on sait que Honorat a une longue carrière derrière lui et qu'au moment fatidique, il ne peut pas se soigner, qu'en est-il des simples citoyens ?
Cette situation remet en cause le statut des artistes, pas encore considérés comme des travailleurs, mais réduits à des amuseurs du public, des bouffons du roi. On mettra du temps pour que cela change, étant donné que le ministère de la Culture est juste symbolique. C'est bien de reconnaître les apports des artistes dans la vie du pays à travers des distinctions honorifiques, mais il y a mieux à faire. Les artistes doivent pouvoir vivre de leur talent immense, de leur passion débordante. Il suffit de voir, pour s'en convaincre, les fortes affluences aux concerts des groupes de renom.
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Mais la conjoncture ressemble à de l'humour noir et ne prête pas à rire. C'est la preuve qu'en général, la santé et les soins sont seulement une priorité dans les intentions et les programmes. À preuve, il a fallu la contribution de la Chaîne de l'espoir pour mettre en place une unité de cardiopathie infantile et une unité d'opération à coeur ouvert à l'hôpital militaire. On se demande d'ailleurs si le cas de Honorat ne pourrait pas être soigné sur place. Les appels SOS pour des maladies diverses inondent les réseaux sociaux et très peu arrivent à réunir les fonds nécessaires pour les séances de dialyse ou de chimiothérapie.
L'État ne consacre qu'une part congrue du PIB à la santé et à l'éducation. Les hôpitaux publics se trouvent dans un état indigne des malades et manquent presque de tout. Il y a encore vingt ans, les hôpitaux publics offraient encore à boire et à manger aux patients et aux gardes-malades. Désormais, il faut tout payer, des seringues aux sérums en passant par les compresses, l'alcool et... l'autopsie.
Pour le moment, les priorités sont ailleurs, alors que le changement tant rabâché devrait commencer par les domaines fondamentaux qui touchent directement la vie de la population. Si l'eau et l'électricité mettent encore du temps à revenir, on peut montrer la détermination pour un vrai changement par des gestes concrets et prioritaires dans la vie quotidienne. À bon entendeur.