Le paysage politique pourrait connaître un nouveau tournant. Paul Bérenger, leader historique du Mouvement Militant Mauricien (MMM), s'apprête à créer une nouvelle formation politique, alors même que son parti demeure au Parlement en tant que partenaire de l'alliance gouvernementale. Une situation qui soulève une question centrale : s'agit-il d'un cas de transfugisme ou de dissidence politique ?
Selon le dictionnaire Larousse, un transfuge est une personne qui abandonne un parti pour se rallier à un autre. À l'inverse, la dissidence renvoie à une divergence idéologique conduisant à une séparation d'un groupe ou d'un parti. La nuance est donc essentielle dans l'analyse de la situation actuelle. Nous avons posé la question à l'historien Jocelyn Chan Low, qui apporte un éclairage précis.
Pour lui, «le transfuge, c'est lorsqu'un politicien quitte un parti pour en rejoindre un autre». Il cite en exemple Suresh Moorba, qui, après avoir battu Gaëtan Duval en 1976 sous la bannière du MMM, avait ensuite rejoint le Parti Travailliste. «Ça, c'est du transfugisme», insiste-t-il.
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Dans le cas de Bérenger, la lecture serait différente. «Il est en dissidence avec son parti», explique l'historien, évoquant notamment les contestations autour de l'assemblée des délégués tenue récemment. Le vote y est jugé discutable pour plusieurs raisons selon lui : d'une part, en raison de la présence d'accompagnateurs dans la salle, alors qu'une assemblée de délégués est en principe réservée uniquement aux membres habilités à voter ; d'autre part, le recours à un vote à main levée, au lieu d'un scrutin secret, ce qui peut influencer les choix et remettre en question la liberté d'expression des délégués.
À ce stade, Bérenger n'avait d'ailleurs pas encore officiellement démissionné de son poste de leader, ce qui renforce l'idée d'un désaccord stratégique interne plutôt que d'un ralliement externe.
Le coeur du différend repose sur une question de ligne politique : faut-il rester au gouvernement ou non ? Là où certains au MMM privilégient la stabilité, Bérenger met en avant des principes de gouvernance. Une divergence qui rappelle, sans être identique, certaines fractures historiques au sein du parti. D'un point de vue plus sociologique, Jocelyn Chan Low souligne la difficulté pour un parti au pouvoir de s'extraire du système, notamment les responsabilités politiques et les avantages liés aux fonctions.