Ile Maurice: Du rêve d'enfant à entrepreneure - Le succès mérité de Yashveena Toofanny

À première vue, rien ne distingue particulièrement Yashveena Toofanny d'une étudiante ordinaire. À 25 ans, elle poursuit des études en relations internationales à l'université de Maurice, jonglant entre cours et vie personnelle. Pourtant, derrière ce quotidien se cache une histoire marquée par la persévérance, la créativité et une détermination silencieuse : celle d'une jeune femme qui a su transformer une passion d'enfance en véritable source de revenu à travers le henné.

Connue également sous le prénom d'Amisha dans son entourage, Yashveena raconte que tout a commencé bien avant qu'elle ne comprenne le potentiel économique de cet art ancestral. «Ma passion pour le henné a commencé quand j'avais environ neuf ans», confie-t-elle. À cette époque, la vie n'était pas facile. Élevée par une mère célibataire après la séparation de ses parents, elle grandit dans un contexte où chaque dépense comptait.

Le déclic survient lors d'un mariage familial. Comme dans de nombreuses célébrations culturelles, le henné occupait une place centrale. Mais pour la jeune Yashveena, cette expérience est teintée de frustration. Les tarifs pratiqués par les artistes étaient trop élevés pour sa famille. «Je me suis demandé pourquoi je ne pouvais pas apprendre moi-même», se souvient-elle. Ce moment devient le point de départ d'un parcours hors du commun.

À défaut d'accès à Internet ou à des formations formelles, la jeune fille s'improvise autodidacte. Elle économise l'argent qu'elle reçoit pour acheter des cônes de henné et des livres de motifs. Ses premières toiles ? Les mains de sa mère. «Elle n'a jamais eu honte, peu importe ce que les autres disaient. Elle a toujours été là pour moi», raconte-t-elle avec émotion. Dans ce soutien indéfectible, Yashveena trouve la force de continuer, malgré les doutes et les difficultés.

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Chaque création de Yashveena Toofanny mêle motifs traditionnels et éléments personnalisés selon les souhaits de ses clientes.

Les débuts ne sont pas sans obstacles. Elle se rappelle notamment sa toute première prestation lors d'un mariage, alors qu'elle était encore en Form 1. Envahie par le stress, elle hésite, tremble, doute de ses capacités. Puis, guidée par l'instinct et la pratique accumulée, elle se lance. Le résultat dépasse ses attentes : les invités apprécient son travail et d'autres demandes suivent. Ce jour-là, elle reçoit son premier paiement. «Quand j'ai donné cet argent à ma mère, j'étais tellement heureuse. C'était plus que de l'argent, c'était la preuve que mes efforts avaient un sens», confie-t-elle.

Mais pour aller plus loin, Yashveena sait qu'elle doit se professionnaliser. Sans certification, il lui est difficile de se faire pleinement reconnaître. Elle entreprend alors de chercher une formation abordable. C'est ainsi qu'elle rencontre Zaynab Moosaheb, une rencontre qu'elle qualifie de «trésor». Sous la tutelle de cette mentor, elle perfectionne sa technique, développe sa créativité et gagne en confiance. «Elle m'a aidée à combler mes lacunes et m'a encouragée à croire en moi», explique-t-elle. Grâce à cette formation, Yashveena obtient enfin un certificat, marquant une étape clé dans son parcours.

Parallèlement, elle poursuit ses études universitaires. Trouver l'équilibre entre les exigences académiques et les commandes de henné relève du défi. Entre les réservations pour des mariages, les événements culturels et les périodes d'examen, son emploi du temps est chargé. Mais elle peut compter sur le soutien de ses proches. «Mes amis m'aident avec les études et ma mère est toujours là, même tard dans la nuit», raconte-t-elle. Pour elle, chaque sacrifice est motivé par un objectif plus grand : contribuer aux besoins de sa famille.

C'est d'ailleurs cette volonté d'aider qui transforme progressivement son art en source de revenu. Après sa première rémunération, elle décide de multiplier les commandes, même les plus modestes. Avec le temps, sa réputation grandit. Les réseaux sociaux, notamment TikTok, deviennent une vitrine pour son travail. Les demandes affluent et son nom circule de plus en plus.

Aujourd'hui, Yashveena ne se contente plus de pratiquer le henné : elle en explore toutes les dimensions artistiques et culturelles. Elle s'efforce de concilier tradition et modernité en intégrant des éléments personnalisés dans ses créations. «J'aime ajouter des symboles qui ont une signification particulière pour mes clientes, tout en conservant les motifs traditionnels comme les mandalas», explique-t-elle. Qu'il s'agisse de mariages, de l'Eid ou du Ganesh Chaturthi, le henné lui permet de célébrer et de comprendre les différentes traditions du pays.

Dans cette dynamique de partage, Yashveena franchit une nouvelle étape : l'enseignement. Au départ hésitante, elle accepte de donner un premier cours à une jeune fille qui la contacte via TikTok. Cette expérience change sa perception. «J'ai réalisé que je pouvais transmettre mon savoir-faire», dit-elle. Depuis, elle forme d'autres femmes désireuses d'apprendre. Pour certaines, ces cours deviennent un moment de complicité, notamment entre mères et filles. «Voir ces liens se créer grâce au henné me rend heureuse», confie-t-elle.

Forte de son parcours, Yashveena adresse un message clair aux jeunes : ne jamais abandonner. «Il y aura des obstacles, mais il faut continuer. Croyez en vous, même si personne d'autre ne le fait au début», insiste-t-elle. Pour elle, la réussite n'est pas un chemin linéaire, mais une succession d'efforts, de doutes et de persévérance.

Quant à l'avenir, ses ambitions sont à la hauteur de son parcours. Elle rêve de se faire un nom, non seulement à Maurice, mais aussi à l'international. Son rêve est d'ouvrir une académie de henné, un espace où elle pourrait former une nouvelle génération d'artistes. «Je veux être reconnue et aider d'autres personnes à réaliser leurs rêves», affirme-t-elle.

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