Le paysage politique zimbabwéen est en pleine ébullition. La Zanu-PF, parti au pouvoir à Harare, a enclenché une manœuvre constitutionnelle d'envergure visant à modifier radicalement le mode d'élection du chef de l'État et la durée de son mandat. Une réforme qui, si elle aboutit, marquerait la fin du suffrage universel direct pour la présidence.
C'est une rupture historique qui se dessine au Zimbabwe. Selon les informations relayées par Africa 24, le cabinet a validé, le 8 avril 2026, un projet de loi qui transfère le pouvoir d'élire le président de la République des citoyens vers le Parlement. Ce passage au suffrage universel indirect s'accompagne d'un rallongement significatif de la durée du bail présidentiel, qui passerait de 5 à 7 ans.
Cette modification technique a une conséquence politique immédiate : elle permettrait à l'actuel président, Emmerson Mnangagwa, de prolonger son magistère jusqu'en 2030. Actuellement limité par la Constitution à deux mandats devant s'achever en 2028, le dirigeant zimbabwéen bénéficierait ainsi d'un nouveau cadre légal pour se maintenir au pouvoir.
Au-delà du mode de scrutin, la réforme prévoit d'octroyer au chef de l'État le pouvoir de nommer dix sénateurs supplémentaires. Pour l'analyste politique Kerwin Mayizo, interrogé par Africa 24, ce changement vise avant tout à consolider l'hégémonie de la Zanu-PF sur les institutions.
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Si les partisans du régime justifient cette transition par la nécessité de stabiliser le pays face aux défis économiques et aux sanctions occidentales, les observateurs y voient un affaiblissement délibéré des contre-pouvoirs. En confiant l'élection au Parlement — où le parti au pouvoir jouit d'une domination écrasante — la Zanu-PF verrouille l'accès à la fonction suprême.
L'opposition et la société civile dénoncent un "recul démocratique" sans précédent depuis 1990. Le principal point de friction réside dans l'absence de consultation populaire : alors qu'une modification de cette ampleur devrait légalement passer par un référendum national, le pouvoir semble privilégier la voie parlementaire.
L'expert Kerwin Mayizo souligne également un risque de gérontocratie, notant qu'un maintien au pouvoir à un âge très avancé n'est pas "un gage d'efficacité" pour répondre aux crises sociales profondes que traverse le pays. Selon lui, cette réforme risque d'ostraciser davantage l'opposition et de complexifier la résolution des problèmes structurels du Zimbabwe en restreignant l'espace démocratique.
Malgré la contestation qui gronde, la majorité mécanique dont dispose la Zanu-PF au Parlement laisse présager une adoption rapide de ce texte, inscrivant le Zimbabwe dans une tendance régionale de révisions constitutionnelles destinées à pérenniser les régimes en place.
