Afrique: Visite du pape Léon - Un théologien met en avant trois réalités auxquelles l'Église catholique doit faire face

analyse

La décision du pape Léon de se rendre en Afrique, l'une des premières destinations dès le débutson pontificat, témoigne de l'importance du continent dans le catholicisme mondial. Sa visite d'avril 2026 reflète à la fois ses liens personnels avec l'Afrique et l'essor rapide du christianisme à travers le continent.

Son périple de 10 jours en Algérie, en Angola, au Cameroun et en Guinée équatoriale revêt également une importance historique. En Algérie, par exemple, le pape Léon marchera sur les traces d'Augustin d'Hippone (qui vécut vers l'an 400), son père spirituel, soulignant ainsi les racines africaines du christianisme.

Mais lorsque le pape a annoncé son voyage en Afrique en février 2026, rares étaient ceux qui auraient pu prévoir à quel point la situation sécuritaire mondiale allait se détériorer rapidement. Il existe un risque réel que les crises mondiales actuelles, telles que le conflit en Iran, attirent toute l'attention, éclipsant à la fois l'importance de la visite du pape Léon et les conflits persistants, souvent négligés, qui sévissent à travers l'Afrique.

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La dernière visite papale en Afrique -- celle de son prédécesseur, le pape François, en 2023 en République démocratique du Congo et au Soudan du Sud -- visait également à attirer l'attention sur les guerres qui ravagent l'Afrique. Les vastes camps de réfugiés, partout sur le continent, rappellent la dure réalité des vies suspendues entre incertitude et souffrance.

Je suis un théologien africain et mes travaux examinent comment le catholicisme contemporain est en train de changer. Mes recherches vont au-delà du simple suivi des données démographiques de l'expansion chrétienne. Elles s'interrogent sur la manière dont les communautés chrétiennes, ancrées dans des cultures diverses, transforment les sociétés et les cultures à la lumière de l'Évangile.

En choisissant de se rendre en Afrique aujourd'hui, le pape Léon envoie un message clair : l'Afrique compte. L'Église catholique sur le continent peut saisir cette occasion pour établir des partenariats plus équitables et non paternalistes avec les Églises du Nord, où le nombre de fidèles est en déclin.

Les racines africaines du christianisme

Le christianisme n'est pas une importation récente en Afrique apportée par les missionnaires européens. Le continent offre depuis longtemps des racines culturelles, spirituelles et théologiques profondes au christianisme. Cela inclut la fuite en Égypte lorsque la vie de Jésus a été menacée par Hérode après sa naissance, ainsi que l'école catéchétique d'Alexandrie, le plus ancien centre d'enseignement supérieur chrétien au monde.

La visite du pape Léon rappelle avec force le rôle fondateur du continent dans la formation de l'Église, en particulier au cours de ses cinq premiers siècles.

De plus, l'Afrique abrite la population catholique qui connaît la croissance la plus rapide, estimée aujourd'hui à 280 millions de catholiques, soit 19,8 % de la population catholique mondiale.

Rien qu'en 2025, l'Église catholique africaine a enregistré 8,3 millions de nouveaux membres.

L'Afrique contribue de manière significative au capital humain mondial de l'Église. Le Nigeria, l'Afrique du Sud et la République démocratique du Congo figurent parmi les 10 premiers « pays d'origine » dans l'échange missionnaire du Sud vers le Nord.

Paul VI a été le premier pape moderne à se rendre en Afrique, en 1969. Il a déclaré que le moment était venu pour l'Afrique d'avoir « un christianisme africain ».

De nombreux catholiques africains voient dans ce discours une invitation adressée aux Africains à prendre la responsabilité de rendre le christianisme véritablement catholique et véritablement africain.

Plus tard, en 1995, le pape Jean-Paul II a affirmé que « l'heure de l'Afrique » était venue. Le pape Benoît XVI, lors de sa visite en Afrique en 2009, a décrit le continent comme un « poumon spirituel» pour un monde en crise.

Ces expressions traduisent une conviction commune : l'Église en Afrique a atteint sa maturité et s'impose comme une force spirituelle majeure dans l'expansion contemporaine du christianisme mondial.

Certains défis persistent

Le pape Léon n'est pas un inconnu sur le continent. Il a visité plusieurs pays africains au cours de ses deux mandats à la tête de l'Ordre de Saint-Augustin, dont le siège est à Rome.

Cependant, il sera confronté à un paradoxe persistant et troublant qui touche à la fois l'Église et la société au sens large. La croissance rapide du christianisme ne s'est pas systématiquement traduite par une amélioration des conditions de vie des populations. Si l'Église veut rester pertinente, elle doit incarner de manière plus convaincante le pouvoir transformateur de l'Évangile au sein des réalités vécues des sociétés africaines.

Elle doit répondre à l'imaginaire religieux changeant de nombreux chrétiens africains qui passent facilement des groupes chrétiens traditionnels comme le catholicisme au pentecôtisme et aux religions traditionnelles africaines. Cela signifie que l'Église catholique a besoin d'un moment d'introspection pour se demander si elle répond réellement aux besoins des fidèles. Est-ce une Église qui porte les récits et les blessures du peuple ?

Si elle ne s'attaque pas à la crise profonde de la foi et à la lutte pour la survie en Afrique que mènent tant de croyants vivant dans la pauvreté, l'Église risque de devenir un simple prestataire de services caritatifs. Elle pourrait au contraire être une force de transformation sociale plus profonde, de conversion religieuse et morale, et de renouveau spirituel.

La visite du pape Léon s'inscrit également dans des contextes politiquement sensibles.

Au Cameroun, le conflit de longue date dans les régions anglophones et le long règne du président Paul Biya ont suscité des inquiétudes. Une visite papale pourrait être interprétée comme une légitimation des structures du pouvoir que beaucoup considèrent comme répressives. Les décennies au pouvoir de Biya ont été associées à la manipulation électorale, à la répression de la dissidence et à la mainmise sur l'État.

Des tensions similaires existent en Guinée équatoriale. Le président Teodoro Obiang est au pouvoir depuis 47 ans. Son règne a été marqué par la répression de l'opposition dans un pays riche en pétrole mais profondément inégalitaire.

L'image de ces deux dirigeants de longue date aux côtés du pape Léon sera frappante. Elle soulèvera des questions. Mais elle offrira également au pape l'occasion de dire des vérités difficiles à entendre aux dirigeants qui détruisent l'Afrique.

En revanche, l'Angola offre un récit plus porteur d'espoir sur la reprise post-conflit. Il démontre comment la collaboration entre l'Église, l'État et la société civile peut déboucher sur des progrès graduels mais significatifs.

L'Afrique et l'avenir d'une Église à l'écoute

Malgré tout ce qui a été dit sur l'amour du pape François pour l'Afrique, il est frappant qu'à sa mort en avril 2025, aucun cardinal africain ne dirigeait de dicastère (département de niveau ministériel de l'administration centrale de l'Église catholique à Rome).

Les Africains ne représentaient qu'à peine 12 % du Collège des cardinaux. Ses membres sont les conseillers les plus proches du pape et choisissent les nouveaux papes.

Le pape Léon a déjà commencé à remédier à ce déséquilibre au sein des commissions clés et des structures administratives en nommant des Africains à des postes d'influence réelle.

L'une des qualités les plus remarquables qui lui sont attribuées est sa capacité d'écoute. À mon avis, cette écoute doit faire face à trois réalités interdépendantes si l'Église en Afrique veut devenir un agent crédible de transformation.

Dépendance : Les paroisses et les programmes pastoraux en Afrique dépendent encore du soutien financier de l'Europe et de l'Amérique du Nord. C'est un obstacle majeur à l'émergence d'un christianisme africain mature et autonome. L'Église risque de reproduire des dynamiques de pouvoir asymétriques qui affaiblissent l'action humaine et la créativité pastorale.

Décolonisation : Les structures ecclésiales et les cadres théologiques hérités doivent être remis en question. Sans cela, l'Église ne sera pas enracinée dans les expériences vécues et les réalités des peuples africains.

Leadership : La crise du leadership en Afrique se reflète au sein de l'Église. Ce qu'il faut, c'est un leadership transformateur, humble et au service des autres, fondé sur la responsabilité, la transparence et le partage des responsabilités. Cela implique une plus grande prise en compte des voix et des atouts des laïcs, en particulier des femmes.

La visite du pape Léon constitue un moment clé pour l'Église catholique en Afrique. Va-t-elle rester un simple réceptacle du catholicisme mondial ou contribuer à en façonner l'avenir ?

Stan Chu Ilo, Research Professor, World Christianity and African Studies, DePaul University

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