Le chiffre est tombé, modeste mais symbolique: cinq cents. Cinq cents trajectoires tunisiennes officiellement intégrées au programme Thamm, venant irriguer les veines du marché du travail français. Si le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration y voit un « modèle exemplaire », nous y décelons un schéma plus complexe : une tentative de substituer la régulation chirurgicale au chaos des vagues, dans un bassin méditerranéen où la mobilité est devenue le nerf d'une guerre silencieuse.
Rapelons que le programme Thamm ne se contente pas de déplacer des bras ; il déplace des compétences. En confiant la sélection à l'Aneti, Paris et Tunis opèrent une externalisation de la confiance. C'est une syntaxe nouvelle dans les relations Nord-Sud. En nous frottant aux mots, on remarque qu'on ne parle plus de «flux», terme hydraulique et déshumanisant, mais de «processus d'accompagnement».
Pourtant, derrière cette «adéquation entre l'offre et la demande », se dessine une autre réalité. L'Europe, forteresse vieillissante, tente de construire des écluses sélectives pour contrer le sentiment de siège que nourrissent ses opinions publiques. Le défi n'est plus seulement économique, il est narratif : prouver que l'immigration peut être un métronome réglé, et non une brèche incontrôlée.
La trouvaille la plus révélatrice de ce dispositif réside dans sa clause de retour. Avec un pécule de 9.000 euros pour la réinsertion, le programme tente de transformer l'exil en une parenthèse de capitalisation. Et pourquoi pas d'ailleurs ?
Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres
A notre sens, ce programme est une gymnastique de l'équilibre. Il tente de réconcilier l'obsession sécuritaire de l'espace Schengen et le besoin vital de main-d'œuvre de l'économie française. Soit ! En filigrane, le Thamm est un laboratoire pour cette expérience.
Si ces 500 contrats réussissent à stabiliser des vies sans alimenter la précarité, ils deviendront l'argument massue des partisans d'une migration circulaire. Mais attention à l'effet de miroir : à trop vouloir encadrer le mouvement, on risque de transformer la Méditerranée en une salle d'attente hautement surveillée, où le rêve de départ est soumis à un algorithme de rentabilité.
Pour la Tunisie, l'enjeu reste de ne pas être le simple réservoir de cette «mobilité choisie», mais d'exiger que ces ponts ne soient pas à sens unique. Car au jeu du sablier, ce n'est pas seulement le temps qui passe, c'est aussi la substance d'une nation qui s'écoule.