Ile Maurice: Le choc Alalila - Des milliers de demandes, un secteur sous tension

Deux semaines après son lancement, la plateforme Alalila powered by Uber enregistre, selon Logidis, des milliers de demandes de trajets quotidiens et une montée en puissance continue du nombre de chauffeurs inscrits. En parallèle, l'avoué Kaviraj Bokhoree, représentant 243 chauffeurs de taxi a déposé une injonction devant la justice, contestant la légalité du dispositif.

Opérée par Logidis, la plateforme Alalila powered by Uber s'appuie sur le réseau mondial d'Uber en l'adaptant au cadre réglementaire local. En vertu du Road Traffic Act, seuls les chauffeurs détenteurs d'une PSVL Licence sont autorisés à exercer ce type de transport rémunéré de passagers. Ce modèle, qui n'est pas propre à Maurice - Uber opère de la même manière dans plusieurs pays, dont l'Allemagne, la Turquie et le Japon - constitue le socle légal sur lequel repose l'ensemble du dispositif.

Sur le plan des chiffres, les résultats avancés par Logidis se veulent éloquents : des milliers de demandes de trajets enregistrées chaque jour, des centaines de chauffeurs déjà actifs sur la plateforme et des centaines d'autres en cours d'intégration. Yannis Fayd'herbe, Chief Operating Officer de Logidis, souligne que les chauffeurs les plus impliqués enchaînent plusieurs dizaines de trajets hebdomadaires, ce qu'il interprète comme la preuve d'une demande publique réelle pour une offre de mobilité plus moderne et plus accessible. La société reconnaît néanmoins certaines imperfections propres à toute phase de lancement : temps d'attente parfois prolongés, annulations ponctuelles, couverture géographique encore incomplète. Yannis Fayd'herbe rassure : «Nous prenons ces retours très au sérieux, et les équipes de Logidis travaillent activement à des solutions opérationnelles pour améliorer rapidement l'expérience. Notre objectif est clair : monter en compétences nos chauffeurs existants tout en renforçant la fiabilité de notre plateforme.»

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Côté tarifs, les prix appliqués sur la plateforme ont été déterminés sur la base d'une étude de marché et s'alignent sur les niveaux pratiqués par les taxis à Maurice. La structure repose sur deux variables : la distance parcourue et la durée du trajet. Des réductions allant jusqu'à 100 % ont été proposées lors de la phase de démarrage pour favoriser l'adoption. Les chauffeurs bénéficient par ailleurs d'une commission exceptionnelle de 1 % pour les deux premiers mois, plafonnée à 10 % pour le reste de la première année, avec des primes de performance hebdomadaires en complément.

La contestation

Le service récemment en opération n'a pas manqué de susciter une procédure judiciaire. Me Kaviraj Bokhoree, Attorney-at-law, a tenu une conférence de presse le 10 avril à Port-Louis pour exposer les griefs de ses clients : «L'affaire est subjudice. Il y a 243 chauffeurs de taxi qui ont entré une injonction contre Logidis (Alalila powered by Uber).»

Au cœur du litige se trouve la notion de «place of operation», soit la base d'opération des chauffeurs. Me Bokhoree explique qu'Alalila modifie de ce fait cette base d'opération, permettant à des taxis extérieurs à une zone donnée d'y capter des clients: «La grande famille des taxi drivers se sent léser parce que dans leur pool de travail, il y a d'autres taxis qui viennent pour récupérer les clients, ce qui est illégal. En d'autres mots, il y a un changement de la base d'opération (place of operation).»

Me Bokhoree dit détenir une lettre de la National Land Transport Authority (NLTA) attestant de l'illégalité du procédé et confirmant que l'autorité n'a jamais donné son accord en ce sens. L'affaire sera portée devant le juge le 27 avril. Dans l'immédiat, ce dernier a refusé d'accorder une mesure intérimaire et a convoqué la NLTA ainsi que Logidis pour s'expliquer.

Raffick Bahadoor, président de la Taxi Proprietors Union, apporte un éclairage complémentaire. Sous-traitant de Logidis pour la partie corporate, il se dit favorable à une évolution du secteur, mais à certaines conditions: «Bien évidemment qu'il faut évoluer. On ne doit pas rester à l'âge de pierre. Mais ça doit être fait par les chauffeurs de taxi avec l'accord du syndicat.» Il appelle à une concertation impliquant les ministères du Transport, du Travail, des TIC et du Tourisme, au regard des 7 803 familles qui dépendent du secteur.

Sur le fond, il s'oppose à l'opération de plateformes étrangères sur le sol mauricien et remet en question la viabilité du modèle économique : «Je suis contre les systèmes de taxi qui opèrent en ligne. Pas question également que des compagnies étrangères opèrent sur le territoire mauricien. Est-ce qu'on est en train de prendre le travail des Mauriciens pour ensuite leur redistribuer ? Ce sont des plateformes qui prennent des commissions sur nos têtes.»

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